Jean Ferré, le Sarrasin converti

L'abbaye de Conques entretenait des relations suivies, dès le XIe siècle, donc avant la première croisade, avec les pays d'Orient : Syrie, Jérusalem, Constantinople, comme le rapportent de nombreuses citations du Livre des Miracles (cf. Bouillet-Servières, Sainte Foy Vierge et Martyr, pp. 98 et 601).
L'exemplum (ou récit édifiant) le plus explicite est celui qui met en scène un « païen Sarrasin » originaire de Syrie, fait prisonnier «près de Damas par ses compatriotes», mais qui fut miraculeusement libéré par sainte Foy, après qu'un autre prisonnier « aquitain venu combattre les infidèles » lui en eut révélé le pouvoir. En reconnaissance, il se convertit et se rendit auprès du « frère Robert, titulaire du prieuré [qui dépendait de Conques, près des rives de l'Euphrate] ». Après s'être fait baptiser, il entra dans les ordres monastiques sous le nom de frère Jean Ferré, entreprit « le voyage à Jérusalem », puis se rendit à Constantinople auprès de l'empereur Michel, pour terminer son périple à Conques, où «il offrit son cilice en ex-voto ».
A la lecture de ce récit tiré des manuscrits de Sélestat et de Rodez, on comprend qu'il y eut à Conques des frères bénédictins arabophones capables de lire et de comprendre les inscriptions en caractères coufiques, qui ne sont pas, comme d'aucuns ont pu le prétendre, des « éléments purement décoratifs » dont « les moines incultes ignoraient la signification.
»
Conques entretient aussi au XIIe s. des rapports étroits avec la péninsule ibérique, alors en pleine Reconquista, où des lettrés et certains clercs connaissent l'arabe.
(voir la chronique de l'abbaye)

Saint Jean Damascène, un autre Arabe Chrétien de Damas célèbre du VIIe-VIIIe siècle.

La mystérieuse insciption coufique de la robe de l'ange


La calligraphie coufique, caractérisée par des lettres angulaires était très utilisée entre le IXe et le XIIe siècles.

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