Les gestes
Signe de foi Geste fort Main d'alliance Gestuelle corporelle Civilisation du geste

Le geste sémaphorique de la Parousie
Les gestes accomplis par les personnages du tympan sont nombreux et revêtent une signification hautement symbolique.
Nous expliquons le geste le plus spectaculaire, celui du Christ, bras droit levé vers le Ciel, bras gauche abaissé vers la Terre dans la page consacrée à la Parousie.
Ici, il sera question de tous les autres gestes, tantôt discrets, tantôt ostentatoires, dans lesquels la main joue le premier rôle.
 

MAINS DE PRIERE & MAINS DE FOI

Le sens de quelques gestes saute aux yeux :

- c'est le cas des mains de la Vierge, jointes en prière : Marie intercède en faveur des âmes des éprouvés du Tartare.


Marie orante ; un geste discret mais significatif
- C'est aussi le cas pour les quatre personnages, sainte Foy, Marie de Magdala, Jérémie et Guillaume au Court-nez qui lèvent la main en signe de profession de foi. (1)

Sainte Foy

Marie de Magdala

Guillaume "Court Nez"

Jérémie

    LES GESTES FORTS

  • Certaines expressions sont des gestes forts :
    - c'est souvent le cas dans les Tartares, en particulier pour les démons qui sont tous très agités : ils tirent des cordes, pèsent sur les éprouvés, les désarçonnent, les embrochent, les piquent, les pendent, les pressent, les plongent dans un chaudron, les emprisonnent dans des filets, brandissent des armes, lèchent, dévorent cervelles et tissus, arrachent langues et tiares, donnent des coups de pieds, abreuvent, crient, ricanent et grimacent, créant un fourmillement hallucinant dont se régale le spectateur.
    (voir les illustrations)
  • Satan pointe un index accusateur vers les pécheurs


- c'est plus rarement le cas des éprouvés du Tartare qui paraissent souvent passifs, voire inertes. Deux exceptions sont représentées :
par l'empereur germanique Henri IV qui désigne du doigt son homologue, Charlemagne, placé, de façon incompréhensible à ses yeux, de l'autre côté de la cité de Dieu ;
... et par le geste tragique du suicidaire qui se poignarde la gorge.
- Le Ciel, dans son éternité immuable, est à sa manière animé par les anges certes posés, mais curieux et actifs : ils roulent le firmament, sonnent la trompe annonciatrice d'une Apocalypse prochaine, brandissent les instruments de la Passion et le Livre de Vie, pèsent ou guident les âmes.
    MAINS D'ALLIANCE
En revanche, beaucoup de gestes, à peine perceptibles, sont cependant chargés d'un sens subtil que nous aurions tort de sous-estimer.
C'est souvent le cas des gestes des élus, toujours discrets et calmes.
- Donnons l'exemple du jeu des mains entre l'ange de la porte du Paradis et celles des Elus qu'il accueille, geste passant presque inaperçu qui scelle cependant une alliance.
- Le geste de Moïse qui pose la main sur l'épaule de son frère, Aaron, signifiant l'investiture sacerdotale ordonnée par Dieu. (Lévitique, 8)
- Le geste d'Abraham enserrant dans ses bras ses descendants, illustration tangible du "sein d'Abraham"
- La main du Père Abbé, guidant fermement Charlemagne et l'attitude même de l'empereur, vouté, les genoux fléchis, sont également significatives : elles signifient explicitement l'allégeance du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. C'est un geste politique de portée collective qui engage la société toute entière : l'hommage vassalique de la société féodale se soumet ainsi à l'autorité morale du sacre et de l'Eglise. C'est un geste clairement inscrit dans la temporalité de l'Histoire et concernant une question d'actualité brûlante en ce début de XIIe siècle.

Les mains des éprouvés expriment des gestes calmes conformes au processus de restauration au quel ces âmes sont soumises.
(voir les illustrations)

 

 

LA GESTUELLE CORPORELLE

- Parfois c'est le corps entier qui fait geste : l'exemple le plus révélateur est celui de Marie de Magdala, représentée les pieds dans un sens (vers l'extérieur du tympan et en direction opposée à celle de la colonne de l'Eglise en marche) mais le visage retourné vers le Christ, saisie à l'instant précis où, nous raconte Saint Jean l'Evangéliste, quittant le "jardinier" rencontré au tombeau vide de Jésus, Marie de Magdala se retourne vers le Christ qui l'appelle et le reconnaît alors. (Jn. 20, 16)
- Quelques fois enfin, reconnaissons-le, le sens exact du geste nous échappe, par exemple lorsqu'Ezéchiel, identifiable aux tablettes qu'il tient en main, montre en même temps son genou. C'est peut-être une référence biblique, comme l'épisode où Ezéchiel mesure le débit de la source du Temple, avec l'eau qui atteint son genou (Ez. 47, 4) ou une allusion aux « genoux qui s'en iront en eau » (Ez. 7, 17).
Ezéchiel, relevant sa chasuble sur le genou
Ezéchiel relevant son rochet

UNE CIVILISATION DU GESTE

On a pu dire à juste titre que la civilisation médiévale était celle du geste (cf. Le Goff, La civilisation de l’Occident médiéval, Flammarion, 2008, p. 140). Instrument de communication dans une société hiérarchisée, le geste supplée à l’analphabétisme de la population. Au féminin, compris dans le sens d'une action exemplaire, héroïque, le terme est à la base d'un genre littéraire à succès : la chanson de geste. Le geste engage la personne, son statut, son pouvoir. Il s’accompagne d’un rituel symbolique, aux confins du sacré lorsque le geste du serment, par exemple, s’accomplit sur les reliques. Parmi les gestes symboliques les plus significatifs, celui de la main de Dieu est un des plus explicites.


La main de Dieu devant laquelle se prosterne, à genoux, sainte Foy



LA MAIN DE DIEU
Contrairement au geste de l'abbé guidant Charlemagne inscrit dans le temps et l'Histoire, celui de Dieu est un geste d'éternité. L'engagement de l'empereur est politique, institutionnel et collectif ; celui de sainte Foy relève d'une expérience personnelle, mystique et intemporelle. Mais cette représentation de la main divine contient des références à l'art carolingien. C'est ce que l'on découvre à la lumière des travaux de Jean Claude Schmitt, dans sa remarquable étude sur la gestuelle dans l'occident médiéval, cet historien, définit (entre autre) une typologie des représentations de la main de Dieu. Dans les psautiers d'Utrecht et de Stuttgart, caractéristiques de l'art carolingien, cette main dit-il « fait irruption (à partir) d’un point unique (...) pour manifester la puissance de Dieu, les personnages tendant vers elle leur propre main ». Puis on la retrouve dans les manuscrits ottoniens du XIe siècle. C’est ainsi, par exemple, que sur le codex d’Uta confectionné à Ratisbonne à cette époque et conservé à Munich à la Bayerische Staatsbibliothek, elle impose « une figuration hiératique. (…) En elle le temps paraît se figer, et les gestes semblent faits pour l’éternité. » (J. C. Schmitt, op. cit. pp. 101 - 110)

La main droite de Dieu, écoinçon de sainte Foy

La description que donne Jean Claude Schmitt de la main du codex d’Uta, peut à bien des égards servir de commentaire à celle de l’écoinçon triangulaire de Sainte Foy au tympan de Conques : « La droite de Dieu sort de cercles concentriques. Elle est dressée de bas en haut, peut-être pour signifier que la puissance divine n’agit pas dans ce cas du haut des cieux, mais qu’elle est à l’œuvre ici-bas, et cela d’autant plus qu’elle est de face, la paume ouverte tournée vers celui qui regarde l’image. Elle recouvre un triangle équilatéral qui porte une triple inscription célébrant la bonté et la sagesse suprêmes de Dieu, et un cercle lui-même bordé d’une couronne de flammes rayonnantes. La main de Dieu symbolise la force créatrice du Verbe agissant à travers les vertus [représentées] par quatre figures allégoriques : prudence, justice, tempérance et force (…) Cette main est sans corps (…) comme figée dans une ostension hors du temps. » (J. C. Schmitt, op. cit.)

Or, ici à Conques, ne voyons-nous pas surgir des ondes concentriques venues d’un point infinitésimal à la pointe du grand triangle de l’écoinçon, cette même main ? Surdimensionnée, hiératique, de face et paume ouverte, elle manifeste son action dans le temps présent pour investir sainte Foy de sa puissance. Se superposant sur la figure géométrique de la croix, entourée elle-même du cercle du nimbe du Fils, ses doigts vont presque à toucher le front de la sainte prosternée, mais en respectant un espace irréfragable.(2)


La main droite de Dieu, d'après le codex d'Uta (XIe s.)

UN GESTE TRINITAIRE

L’absence de colombe ou de langues de feu pourrait faire croire que la Trinité ne soit pas représentée au tympan. Il n’en est rien, puisqu’elle se trouve condensée dans l’écoinçon de sainte Foy : le Père est présenté sous la forme des ondes, le fils par le nimbe crucifère, et le Saint Esprit est figuré sous une forme originale et unique, par le « doigt de Dieu ». Cette image reprend l’allégorie du Veni Creator, hymne grégorien composé au IXe siècle par le théologien bénédictin Raban Maur, et qui est chanté, notons-le, lors de l’ordination des prêtres :

Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae.
Tu es l'Esprit aux sept dons,
Le doigt de la main du Père 

Les doigts de la main de sainte Foy se tendent à leur tour vers la main du Père pour signifier l’élan du cœur accueillant l’influx divin, et aussi, nous y reviendrons, pour recevoir la parole sacramentelle de l’ordination : « tu es sacerdos in aeternum » (Tu es prêtre pour l’éternité). Se jetant à terre, en haut des marches de l'autel où elle est montée, tout le corps de Saint Foy participe du geste de l’ordination sacerdotale ; dans cette gestuelle du corps tout entier transparaît l’esprit monacal de la règle de Saint Benoit, dont J. C. Schmitt cite le commentaire donné au IXe s. par le Bénédictin Smaragde : « Notre devoir de moine c’est de rendre tout notre corps apte à servir Dieu de toutes nos forces ». au-dessus de l’écoinçon nous trouvons également l’inscription de quatre vertus comparables à celles du codex d’Uta : Foi, Espérance, Tempérance, Charité. Il est remarquable que sur les quatre vertus comparées, une seule est identique, et c’est la tempérance ; ce qui nous confirme l’importance accordée à cette vertu dans le cadre du jugement de Dieu. Sa main est aussi une main de justice qu’accompagnent la modération et la mitigation des peines.

Rien d'étonnant dans cette correspondance entre les figures du tympan rouergat et les manuscrits carolingiens et ottoniens, correspondance qui révèle une imprégnation stylistique rhénane naturelle, Conques ayant parti lié aux Hohenstaufen, comme le montre la dévolution du prieuré de Sélestat au temps de Bégon et l’histoire du « revenant » racontée dans le Livre des Miracles.

Signalons enfin que la posture de sainte Foy peut renvoyer à l'épître de Paul aux Ephésiens qui fonde précisément le salut sur la foi : « je plie les genoux devant le Père. Pour que le Christ habite en vos cœurs par le moyen de la foi. » (Ép. 3, 17) (...) « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu. » (Ép. 2, 8)

DIDACTIQUE DE LA GESTUELLE : du mouvement à la "figuration" (nous dirions de nos jours la "posture" !)

Les gestes immobilisés dans la pierre s'inspirent de la pédagogie élaborée dans la première moitié du XIIe s. par Hugues de Saint-Victor et définie dans son ouvrage resté le plus célèbre, le Didascalicon, très largement diffusé et recopié de son vivant. Hugues y définit le geste de la façon suivante : « Gestus est motus et figuratio membrorum corporis, ad omnen agendi et habendi modum ». Nous laisserons à Jean Claude Schmitt le soin de traduire cette formule : « De cette définition je donne une traduction volontairement équivoque : le geste est le mouvement et la figuration des membres du corps adaptés à (mais aussi : en vue de, selon la mesure et les modalités de) toute action et attitude. (…) Cette définition est devenue la définition canonique reproduite par les auteurs ecclésiastiques du XIIe et du XIIIe siècles. (…) Le geste est un mouvement. Ce qui est neuf, c’est d’inclure dans le mouvement l’action et même l’attitude, le modus agendi et le modus habendi.
La clef de cette inclusion me semble être la
figuratio, qu’il faut entendre de plusieurs manières : le geste en se mouvant, se "configure" ; ce faisant, il configure l’ensemble des mouvements du corps ; enfin il donne extérieurement une "figura" à ce qui est caché, et que les gestes expriment, les mouvements de l’âme, car dit Hugues de Saint-Victor, le geste est un indice, un signe. (...) Autrement dit, le mot « figuratio » dénote la valeur symbolique du geste, et en souligne l’importance. » (J. C. Schmitt, ibidem p. 177)

EXPLICATION SAVANTE DU GESTE :

Le geste des figures interagit avec les lignes géométriques de la construction de l'œuvre, en créant des convergences, des oppositions, des échos que l'œil perçoit exactement de la même façon que les forces et tensions que l'on ressent face à une toile de Kandinsky. « Le tracé soutenant la pensée », selon Hugues, (en d'autres termes, la forme devant s'accorder au fond), la graphie des clivages, l'articulation des jonctions renforcent bien sûr le discours explicite et l'exposé de la pensée sous-jacente qui structure le tympan, en l'occurrence la représentation mystique de l'au-delà. C'est ce que dit en substance Jean Claude Schmitt, dans son analyse des ressorts de l'art roman, quelques pages après sa définition du geste, lorsqu'il aborde l'usage de formes, de lignes et de figures antithétiques, « expression limite d’un art où les tensions internes entre figures et lignes antagonistes jouent un rôle essentiel. Au cœur même de l’art chrétien, cette tension anime en effet les tympans romans, structure la scène du Jugement Dernier, capte le regard du spectateur vers la figure centrale du Christ en majesté. (…) Une tension semblable habite le tympan de Conques, manifestant, selon Jean-Claude Bonne, l’ambivalence de son apparition à la fin des temps : il est à la fois le Juge (judex) qui revient parmi les hommes vers qui il baisse son regard à l’entrée de l’église, pour départager les bons et les méchants, et le Roi (rex) rayonnant dans l’éternité, au centre du tympan.
L’attitude de ce Christ de pierre, et le geste de son bras droit levé, peuvent être analysés selon les catégories d'Hugues de Saint-Victor qui écrit dans un milieu intellectuel différent, mais à peu près au même moment : le geste du Christ a une finalité (
ad modum), puisqu’il départage les bons et les méchants. Il est une figuration qui montre et démontre la puissance de Dieu. Il a un modus, une modalité spécifique, dont le « dépli modéré » apparaît bien comme un juste milieu entre les deux types de gestes licites qui l’encadrent : d’un côté les gestes plus intenses des anges qui sonnent de la trompe et de sainte Foy qui prie ; de l’autre au contraire, les gestes plus modérés des élus en procession et des autres anges. (...) Ces deux types opposés de gestualité tendent, sans la franchir, vers les limites du tolérable : au-delà, le monde infernal présente soit les gesticulations excessives des démons, soit la modération excessive des damnés qui endurent passivement leurs tortures. Or, parce qu’elle est en position centrale, la gestualité du Christ participe de toutes ces gestualités opposées. » (J.-C. Schmitt, ibidem, p. 188).
Dans cette perspective, nous pourrions dire que la main levée vers le ciel inscrit le Christ dans l'Eternité, tandis que sa main baissée rappelle son incarnation sur terre, dans le temps de l'humanité
.

Si la tension résulte de l’expression des contraires, on peut en dire autant des similitudes, des couples gémellaires si nombreux au tympan, mais toujours dans le respect du juste milieu, de la modération, et en accordant le geste à sa finalité.

Un exemple de cette correspondance entre les lignes et le sens nous est donné par le parallélisme entre les mains de la Vierge (implorant un jugement miséricordieux et une peine modérée, abrégée pourrions-nous dire, pour les éprouvés du Tartare), et l’orientation ascendante du phylactère sur lequel est inscrite la vertu théologale curieusement à demi effacée (3) : « TEMPERANTIA » (Modération). « Souvent le phylactère lui-même, par sa forme, sa direction, fait geste, comme un prolongement du personnage qui parle en direction de celui qui l’écoute. » (J. C. Schmitt, op. cit. p. 258)

 


Les lignes parallèles et ascendantes des mains de la Vierge et de la tempérance
Nous avions vu qu'entre les mains du Christ passe la diagonale de la Grâce, qui déverse sur l'homme restauré au Purgatoire les ondes divines (cf. chapitre 2). De la même façon, une autre diagonale, presque perpendiculaire, part des ondes du Père, passe par le visage du Sauveur et les mains jointes de la Vierge, la clef de saint Pierre, pour aboutir sur sainte Foy, prosternée. C'est la diagonale de la foi.

La diagonale de la foi le visage du Christ

LE POUCE GAUCHE REPLIE

Pouce baissé

Le Christ dispensateur des grâces se présente les deux paumes ouvertes. Toutefois, le juge semble bien esquisser un signe de retenue. Le pouce de la main gauche replié évoquerait-il le pollice verso, geste fatidique de l’empereur au-dessus de l’arène ? La Grâce n’est pas garantie pour tous les pécheurs, quelles que soient leurs fautes. Le discours des Bénédictins qui ont imaginé le tympan est donc éloigné de l’apocatastase* soutenue par Origène qui croyait en  la restauration finale de toutes choses en leur état d'origine. Cette réserve ne retrouverait-elle pas un écho dans l’orientation cardinale du tympan ? En effet, lorsqu’au coucher du soleil au soir du solstice de juin, l’ensemble du tympan est éclairé dans sa quasi-totalité, il reste toutefois une infime parcelle d’obscurité, une réserve d’ombre, tout en haut à droite du tympan, du côté de la main gauche du Christ où ne pénètre aucune lumière, aucune grâce. La rétention du pouce réserverait-elle l’Enfer éternel, irréductible, irréfragable ? Dans un détail, tout un destin...

 

Page précédente

(1) Ce geste est très répandu dans l'iconographie médiévale. Par exemple, sur le tympan roman de la porte Miègeville, de la basilique Saint-Sernin à Toulouse, chacun des douze apôtres répète ce geste alors qu'ils assistent à l'Ascension du Christ. (voir une illustration) (remonter)

(2) Ce quasi effleurement du front de Foy par les doigts de Dieu est l'image même de la Grâce divine, thème central du tympan. Elle illustre subtilement la distinction soulignée par Denis de Rougemont entre la communion et la fusion, entre l'Agapè (amour spirituel) et l'Éros (amour fusionnel). « Entre Dieu et l'Homme, il existe un abîme essentiel, ou comme le dira Kierkegaard, une "différence qualitative". Donc, pas de fusion possible, ni d'union substantielle. Mais seulement une communion, dont le modèle est le mariage de l'Eglise et de son Seigneur. Cela suppose une illumination subite, une conversion, une descente de la Grâce venant de Dieu à l'homme. » (Denis de Rougemont, L'amour et l'occident, bibliothèques 10/18 n° 995, 2008, p. 72). Et plus loin : « Éros veut l'union, c'est à dire la fusion essentielle de l'individu dans le Dieu. (...) [Mais] nous aurons beau sublimer notre Éros, il ne sera jamais que nous-mêmes. (...) Agapè au contraire ne cherche pas l'union qui s'opèrerait au-delà de la vie. (...) Ton sort se joue ici-bas. (...) Pour l'Agapè, point de fusion, ni d'exaltée dissolution du moi en Dieu. (...) La Bonne Nouvelle, c'est que Dieu nous cherche, et nous a trouvés par l'amour de son Fils abaissé jusqu'à nous. » (remonter)

(3) Voir la note consacrée à ce phylactère sur la page du toit des vertus angéliques, mais aussi la page d'étude de l'anomalie architecturale. Les travaux de déchiffrage des banderoles effacées avancent et de nouvelles hypothèses se dessinent. Nous en ferons état dès leur publication. (remonter)

Page précédente

 

 

Page précédente