Hugues de Saint-Victor (1096-1141)

Ce philosophe, théologien et grand pédagogue a exercé une grande influence au XIIe s. Principal acteur de la "Renaissance romane", il meurt en 1141, c'est à dire à l'instant où les Bénédictins de Conques -qui ne pouvaient ignorer ses très célèbres travaux- viennent d'ériger le tympan, en s'inspirant très largement, nous le verrons dans ce site, des méthodes didactiques du maître d'Abélard. En effet, religieux de l’ordre des Chanoines de Saint-Victor de Paris (fondé par Guillaume de Champeaux), cet humaniste avant la lettre rénove la réflexion théologique en mettant la nature et l’histoire à la base de la connaissance.
Nous sommes très loin du « Moyen Age Merveilleux » de l’An Mille et du Livre des Miracles de sainte Foy (1010-1020). Liant la logique à la connaissance du vrai, mais aussi la connaissance à la pratique vécue de l’amour, et la raison à la mystique, il inaugure une pédagogie destinée à restaurer l’être humain dans sa pureté originelle.
Sa pensée, sa méthodologie sont à l’origine de la scolastique et leur rayonnement se perpétue jusqu’à la fin du Moyen-âge. Mais c'est aussi un mystique sensible : liant le sens à la sensation, sa conception de l’esthétique l’amène à s’opposer à Saint Bernard le cistercien iconoclaste. Défenseur de la beauté de la nature et des sens à qui l’on doit toute notion artistique et spirituelle, Hugues qui croit à la « descente de l'âme dans les harmonies du corps » (Didascalicon) ne lui rétorque-t-il pas : « et les caresses sont bonnes ! » ?
A propos des rapports qu'entretiennent foi, amour, sensualité et chasteté chez les troubadours, Charles Camproux montre que l'amour des Victoriens, notamment chez Hugues de Saint-Victor, a bien des traits communs avec celui des troubadours. Il souligne que « pour les Victoriens, la contemplation de Dieu ne se sépare pas de l'amour » et que, réciproquement, « l'amour [profane] ne se sépare pas de la contemplation de Dieu. » (1) Et l'auteur de citer alors Etienne Gilson : « Il est manifeste à la fin du XIIe siècle que les partisans d'une philosophie mise au service de la foi ont gagné leur cause contre les théologiens de la stricte observance et les tenants de la pure méthode de l'autorité ». (2) Une victoire de courte durée si l'on en juge aux tragiques événements survenus au début du siècle suivant...
Enfin la pastorale hugolienne est à l'unisson de celle du tympan de Conques : « du commencement du monde jusqu'à la fin, il n'y a pas de vraie bonté sans la justification* par la grâce et par la grâce du Christ ». (3) On peut dire que sa théologie, à l'instar de l'esprit du tympan de Conques, est animée du même « joi d'amor », cette flamme à la fois brûlante, ludique et joyeuse qui embrase les troubadours.
On comprend mieux pourquoi l’abbaye se glorifie de posséder une relique du « Bienheureux Hugo ».
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(1) Charles Camproux, le "joy d'amor" des troubadours. Jeu et joie d'amour, Causse et Castelnau éditeurs, Montpellier, 1965, p. 150.

(2) ibidem

(3) Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, Beauchesne

 


Hugues de Saint-Victor rédigeant le Didascalicon
Bibliothèque de l'université royale de Leyde
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