Le tympan du Jugement Premier :
description et interprétation du tympan de Conques par Pierre SEGURET

Chapitres :

Accueil
Visite guidée Outils Plan du site Page précédente EnglihEspañol

INTRODUCTION

Quel est le thème du tympan roman de l'abbatiale de Conques ?
S'agit-il exactement, comme on le dit souvent, d'un Jugement Dernier* ?
Est-ce bien l’Enfer que l'on voit représenté à la gauche du Christ ? La condamnation est-elle sans appel et les supplices infligés le sont-ils pour l’Eternité ?
Nous voudrions montrer que la réalité est bien plus subtile.
A bien les regarder, les scènes représentées ne répondent pas tout à fait à l'alternative Paradis / Enfer qui découlerait d'une condamnation définitive : il y a bien des diables
affreux et grimaçants (voir une illustration), mais aucun des éprouvés ne semble souffrir des tourments qu'ils subissent. Ici, nul visage de pécheur n'est tordu par la douleur, aucun rictus n'indique la moindre trace de souffrance humaine (voir une illustration). Il y a bien des flammes, mais elles ne semblent pas brûler leurs victimes... (voir une illustration)
Au contraire, tous les humains représentés dans (ce que beaucoup pensent être) l'Enfer, affichent des visages impassibles, insensibles, inertes voire parfois sereins. Il y en a même qui s'en échappent ! A quoi serait destinée l’intercession de la Vierge Marie, clairement figurée par le geste de ses mains jointes, si non à libérer les éprouvés ?
(voir une illustration)
Drôle d'enfer où les damnés seraient insensibles aux tortures infligées et dont ils pourraient sortir ! Devant ce hiatus, on reste perplexe..


Voir une vue d'ensemble du tympan de Conques (Aveyron)

Pourtant, il est bien question d'un jugement, avec sa balance ; mais si ce n'est pas le Jugement Dernier*, de quel jugement s'agit-il alors ?
Et si ce n'est pas l'Enfer, dans quel lieu résident donc les âmes impavides que nous voyons tourmentées par les démons ? Et comment faudrait-il le nommer ?

La réponse est inscrite au tympan : “[H]omnes perversi sic sunt in Tartara mersi” : Tous les pervertis sont ainsi plongés dans les Tartares*.


Mais alors qu'est-ce que le (ou les) Tartare(s)* ?
Pour la pensée religieuse de ce premier tiers du XIIe siècle (1130-1140), c'est simplement le séjour des morts dans l'attente du Jugement Dernier*. S'il dérive du Schéol hébraïque, il ne doit pas être confondu avec l'Enfer chrétien.
Nous verrons que le tympan de Conques constitue en fait une étonnante préfiguration de ce que l'on nommera bientôt le Purgatoire*.


La pesée d'une âme lors de son Jugement Particulier* : le fléau penche du côté angélique

La scène représentée au tympan de Conques se situe très précisément à l'instant du retour du Christ sur terre à la fin des Temps, ce que les théologiens appellent la Parousie*.
Selon les Ecritures, le Messie doit revenir pour “juger les vivants et les morts” lors du Jugement Dernier*. Le tympan met en scène l'instant précédant ce jugement : celui-ci est annoncé, il est imminent mais il n'est pas encore prononcé. Tous les acteurs sont en place.
Quel sera le verdict ? Condamnation ou Grâce* ?

Cent douze personnages, hommes, femmes, anges et démons, cent trois inscriptions dans un saisissant face à face avec le spectateur du parvis, mettent en scène un drame liturgique dont l'enjeu n'est autre que la destinée humaine : vie ou mort pour l'éternité.

Nous voudrions ici prendre nos distances avec les projections simplistes, parfois erronées sinon absurdes que notre société contemporaine applique depuis le XIXe siècle à ce tympan, pour proposer une interprétation certes originale, mais éclairée par les travaux des médiévistes et les écrits des théologiens médiévaux, et qui s'efforce de refléter le plus fidèlement possible la pensée monacale qui présidait à l'édification de ce chef d'œuvre.
Vu sous cet angle, le thème général du tympan de l'abbatiale dédiée au Saint Sauveur (1) devient naturellement celui du Salut*, et notamment du Salut* par la foi, c'est à dire la rédemption accordée par un Christ miséricordieux à tous ceux qui ont cru en Lui. (en lire plus sur la question du salut)

Nous verrons dans ce site que les scènes décrivent les étapes d'une véritable “Histoire du Salut, depuis les temps bibliques jusqu'à l'actualité la plus récente de ce début du XIIe siècle.
Ce récit s'enracine dans le cadre d'une époque, d'un contexte politique, d'une doctrine catholique et d'une mentalité monacale que ce site tentera d'éclairer. Nous tâcherons de décoder cet extraordinaire instantané de la société romane occitane du début du XIIe siècle.
Mais, la Parousie étant -selon Saint Irénée- un “éternel présent”, le tympan ne représente-t-il pas alors aussi d'une certaine façon le moment présent ? Le Messie à son retour sur terre, ne trouve-t-il pas le monde en son état actuel ? Et ne pouvons-nous pas nous reconnaître nous-mêmes sur cette fresque de pierre, tels que nous sommes, nous autres, ici et maintenant ?

C'est à cette lecture pionnière du tympan de Conques que l'auteur de ce site, Pierre (Henri Julien) Séguret, vous invite.

Pour interpréter ce tympan, selon le fil conducteur de la thèse du Salut, nous vous proposons de suivre un parcours de lecture ordonné en dix pages ou chapitres (2) qui permettront d'identifier les personnages, de décrypter les symboles et d'analyser le graphisme et la gestuelle. Un résumé vous est proposé sous forme de diaporamas animés.
Au terme de l'inventaire, le portail de l'abbaye de Conques se révèlera le meilleur “exemplum” de la “Renaissance Romane” (3) du début du XIIe siècle, qui par la magie du ciseau, nous rend visible l'invisible, mais efficiente, Grâce* du Christ. Lire la suite...

* N.B. Les termes signalés par un astérisque sont définis dans le lexique.

Chapitre 1er : la structure générale

Recommandation technique : de nombreuses illustrations de ce site sont dynamiques : le survol de la souris permet de visualiser les détails importants (technologie ActiveX). Pour activer ces effets, vous devrez éventuellement autoriser les contrôles ActiveX dans votre navigateur. Pour cela, cliquez sur la barre d'information jaune (apparue soit en haut de la fenêtre du navigateur soit en bas, selon les versions).

Chapitre 1er : la structure générale

(1) Cette consécration au Saint Sauveur était très courante aux temps primitifs de l'Eglise des Gaules. Cette première dédicace de la basilique était d'ailleurs double, dédiée également à Saint Pierre dont les épîtres jouent un rôle important comme source d'inspiration du tympan
(en savoir plus). Au IXe s. une seconde dédicace de l'abbatiale sera attribuée à sainte Foy. (Remonter)

(2) AIDE A LA NAVIGATION : l'enchaînement des 10 chapitres proposés repose sur une suite logique qui apporte un élément important de compréhension du tympan de Conques. Nos vous conseillons vivement de suivre dans l'ordre les 11 pages principales de ce site. Autour d'elles s'articulent de nombreuses pages complémentaires (voir le plan du site). L'ensemble constitue un corpus assez dense d'une soixantaine de pages où l'internaute exigeant trouvera certainement matière à réflexion. Mais cette lecture lui demandera du temps. Aussi une animation, sous forme de diaporamas est proposée à la rubriquevisite guidée”. Les plus mordus trouveront à la rubrique “outils” toute une série d'outils pour enrichir la découverte du tympan, approfondir la réflexion sur son analyse, favoriser la recherche et faciliter la navigation à l'intérieur du site. (Remonter)

(3) Renaissance romane
La civilisation romane se déroule et évolue sur plusieurs siècles, depuis l’époque carolingienne jusqu'au XIIe siècle. Après avoir couvert l'occident d'un “blanc manteau d'églises” et enfanté la réforme grégorienne, elle atteint son apogée au début du XIIe siècle, juste après la première croisade. Du point de vue culturel elle est caractérisée par l’illustration du “fin amor”, l’amour courtois des troubadours occitans qui inventent les « cours d’amour », et au point de vue religieux par une floraison de grands ordres monastiques (ordre de Grandmont fondé à la fin du XIe s. ; Chartreux fondés par St. Bruno en 1084 ; Abbaye de Cîteaux fondée en 1098 par Robert de Molesmes ; réforme cistercienne et fondation de l'ordre des Templiers dont St. Bernard de Clairvaux est l'artisan ; Abbaye de Fontevrault fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel ; ordre des Prémontrés fondé en 1120 par St. Norbert de Xanten, sans oublier l'ordre des chanoines fondé par Hugues de St.-Victor, etc.). Cette refondation monastique s'accompagne d'une rénovation de la théologie. C’est précisément à Hugues de Saint-Victor, le grand théologien du XIIe s. que l’on doit les fondements de ce qui sera appelé « Renaissance romane ». L’art, et notamment la sculpture, en seront les principaux fleurons, dont le tympan de Conques est un joyau exemplaire, tant par son innovation esthétique que par la préfiguration du Purgatoire sous le titre antiquisant de Tartare.
(Remonter)

Choisir un autre chapitre :

Introduction 1 La structure générale (les acteurs) 2 Le triomphe de la Parousie
3 Les Demeures   4 Ligne du temps de l'Eglise en marche 5 Le Tartare
6 Les péchés individuels et collectifs 7 Anomalie architecturale  8 Les signes des temps
9 Esthétique 10 Les inscriptions Le Sésame du tympan Conques et l'histoire de l'art

Dernière mise à jour du site : 17 mai 2012

 

 

 

 

 

Page précédente