Chapitre 10 : l'épigraphie

QUE DISENT LES INSCRIPTIONS ?

Traduction française Texte latin Versification Scansion Jeux de mots et jeux de lettres Graphisme

SIC  SUNT DAMNATI CVNCTI SIMVL ET SCELERATI (...sont tous condamnés avec les scélérats) O PECCATORES TRANSMVTETIS NISI MORES  IVDICIVM DVRVM VOBIS SCITOTE FVTVRVM... (Ô pécheurs, réformez vos moeurs sinon sachez que vous subirez  un redoutable jugement futur...) Silence (aucune inscription) FVRES MENDACES FALSI CVPIDIQVE RAPACES (voleurs, menteurs, trompeurs, avares, rapaces...) SIC STANT GAVDENTES SECVRI NIL METVENTES (... se tiennent ainsi debout, joyeux, en sécurité, sans crainte) CASTI PACIFICI MITES PIETATIS AMICI  (les chastes, les pacifiques, les doux, les amis de la piété...) PENIS INIVSTI CRVCIANTVR IN IGNIBVS VSTI   DEMONAS ATQVE TREMVNT PERPETVOQVE GEMVNT  (Les injustes sont tourmentés de supplices, brûlés dans les flammes, ils tremblent devant les démons et gémissent sans fin) SIC DATVR ELECTIS AD CELI GAVDIA VECTIS  GLORIA PAX REQVIES PERPETVVSQUE DIES  (ainsi aux élus conduits vers les joies du ciel sont donnés  la gloire, la paix, le repos et le jour sans fin ) SIGNATVR LIBER VITE (le Livre de la Vie est scellé) DISCEDITE A ME  (éloignez-vous de moi) PATRIS MEI POSSIDETE (Possédez [les Bénis] de mon père) CARITAS (Charité) [H]OMNES PERVERSI SIC SVNT IN TARTARA MERS<I>  (les hommes pervers sont plongés dans le Tartare) <H>OC SIGNVM CRVCIS ERIT IN CELO CUM  <DOMINVS AD IVDICANDVM VENERIT>  (Le signe de la Croix sera dans le ciel quand <le Seigneur sera venu pour juger>) LVNA (la lune) CLAVI (les clous) LANCEA (la lance) SOL (le soleil) IESVS NAZARENVS REX IVDEORVM (Jésus le Nazôréen, Roi des Juifs) al youm ou al hamda (la félicité ou la Gloire) IERONIMVS (St. Jérôme) ivdex REX (Le Roi Juge) EXIBVNT ANGELI ET SEPARABVNT (les anges apparaitront et sépareront) SANCTORVM CETVS STAT XPISTO IVDICE LETVS (l'assemblée des saints se tient debout devant le Christ Juge) O PECCATORES TRANSMVTETIS NISI MORES IVDICIVM DVRVM VOBIS SCITOTE FVTVRVM (Ô pécheurs, à moins que vous ne réformiez vos moeurs, sachez que vous subirez un redoutable jugement) CVNEVS (le sceau du poinçon)
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Traduction des inscriptions :

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Nous reproduisons ici deux tableaux récapitulatifs des inscriptions du tympan publiés par le philologue François De Coster. Le premier relève les inscriptions telles qu'elles apparaissent, le deuxième donne une version normalisée des textes latins reconstitués. (1)


Tableau n° 1 : texte tel quel

Texte des inscriptions, tel quel


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Tableau n° 2 : texte latin normalisé

Texte normalisé des inscriptions

N.B. Les signes < > indiquent les caractères rajoutés, indispensables au sens mais éludés ou effacés au tympan, les [ ] indiquent les lettres présentes qu'il faut retrancher.

Les inscriptions sont la parole de l'image. Ce sont en quelque sorte les bulles de cette bande dessinée de pierre. Les textes gravés, comprenant pas moins de 105 mots, sont à la fois riches d'enseignements et de très haute qualité littéraire.

LES DOUZE VERS LEONINS

Tous les textes, à l'exclusion des citations tirées des Ecritures, sont rédigés en vers léonins d'une qualité remarquable. Le vers léonin, très en vogue au XIIe s., non seulement conserve (et applique avec une rigueur inégalée) les règles de la métrique latine antique fondées avant tout sur une rigoureuse cadence rythmique, mais lui ajoute la contrainte d'une rime à la fin des deux hémistiches de chaque vers. Notre ami philologue François De Coster, tombé lui aussi sous le charme du tympan et secondé par son collègue Jean Richir, a montré que le (ou les) versificateur(s) du tympan de Conques étai(en)t d'une grande virtuosité : "Outre la qualité globale de la langue, la métrique est parfaite ; on serait tenté d'écrire "académique" s'il n'y avait, par-ci par-là, un clin d'œil qui démontrait la virtuosité du versificateur" écrit-il dans une note publiée en 2011 par la Société des Lettres Sciences et Arts de l'Aveyron (Pour une relecture des inscriptions du tympan de l'abbatiale de Conques, pp. 297-327). Il évoque une "scansion d'une clarté déconcertante", d'une rigueur irréprochable dans l'alternance des syllabes longues et brèves et souligne qu'il s'agit toujours de rimes riches.
Nous donnons ci-dessous la version métrique qu'il a établie :

Les rimes internes sont soulignées, les pieds sont séparés par une barre oblique (/), la césure indiquée par une barre verticale (I). (2)
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Nous sommes en présence d’un livre de pierre, ses deux pages ouvertes, tout droit sorti du sciptorium de l’école monastique de Conques. Le texte est gravé sur les bandeaux de séparation des différents registres, sur les deux toits de la Jérusalem céleste et de l'entrepôt du diable, et dans les phylactères.
Innovation qui intègre l’écrit dans l’image, véritable catéchisme sur le parvis et qui correspond à l’usage accru de l’écriture dans la nouvelle société marchande du XIIe siècle reposant sur le contrat, le livre de compte, l’acte notarié.
Innovation aussi et surtout sur le plan pédagogique et ecclésiastique, l’école monacale évoluant alors du marmonnement oral des Ecritures à la lecture silencieuse et visuelle plus propice à la réflexion personnelle ; du dire on passe au lire. Le livre est né. (cf. Dom J. Leclercq, L'amour des lettres et le désir de Dieu, Cerf, 2008)
De ce mouvement intellectuel, Hugues de Saint-Victor (1096-1141) est l'un des principaux acteurs. « La méditation, nous dit-il, est une pensée soutenue par un tracé. » Au tympan de Conques le tracé nous ouvre le Livre de la Vie : « Signatur Liber Vite ».
Mais le livre est aussi le récit des œuvres du monde : un « Opera Mundi ».
Dès lors, l’évangéliaire de pierre, enluminé au burin, fait résonner la parole. Au sens littéral : la lecture publique joint le geste à la voix. Pétris de culture antique, les moines transforment le spectacle profane en théâtre religieux, et transportent le drame liturgique de l’intérieur de la basilique au parvis.

Les paroles scandées donnent au texte l’allure d’un livret d’opéra :
« PAX, REQUIES, GAUDIA » !
On notera au passage l’optimisme ambiant né de la première croisade et qui s’accompagne de l’espérance d’un feu métaphorique pour l’au-delà, et de la jubilation terrestre de l’amour de Dieu. (3)


LES JEUX DE MOTS COMME EXERCICE SPIRITUEL ET PASTORAL
Loin d'être d'obscurs ignorants illettrés, les Bénédictins de la renaissance romane maniaient l'humour et le ciseau. Excellents versificateurs, ils escamotaient certaines lettres et en rajoutaient d'autres pour des raisons d'euphonie, de gestion de l'espace, mais aussi pour signifier quelque chose, sinon donner un double sens.
On relève ainsi au tympan de Conques une série de jeux de mots ou de lettres parfois à l'occasion d'une abréviation, ellipse fréquemment utilisée :
ce n'est certainement pas par inadvertance que la première lettre du premier mot de la première inscription du côté du tartare est un "H" curieusement ajouté au mot "OMNES", mais l'explication de cette anomalie reste énigmatique. Derrière cet <H>OMNES (Tous) se profile peut être un HOM[I]NES (les hommes) ; serait-ce pour signifier en un seul mot "omnes homines" (tous les hommes) ?

Les hommes pervertis
[H]OMNES PERVERSI
On remarque en revanche un « OC » sans « H » dans la croix glorieuse. <H>OC SIGNVM CRVCIS ERIT IN CELO CVM (Le signe de la croix sera dans le Ciel...) (4)

La lettre « H » n'est pas neutre : elle revêt plusieurs significations. Par son phonème, elle évoque la hache du tailleur de pierre, "ascia lapidaria". C'est l'outil qui permet à l'homme de se construire en "pierre vivante de l'Eglise". Elle devient alors "la terreur du feu éternel, comme le ciseau est la terreur du Purgatoire" (Achard de Saint-Victor, cité par Jacques Le Goff in "La naissance du Purgatoire"). Elle est un peu anthropomorphe avec ses deux jambes ancrées au sol et ses bras levés au ciel.
Mais elle pourrait avoir aussi une portée messianique, selon la symbolique lévitique, si clairement sous-jacente à la représentation du Salut, dans le cas où elle s'accompagnerait de la gématrie talmudique. Dans son ouvrage "Concerto pour quatre consonnes sans voyelles" (Payot, 2003), Marc Alain Ouaknin relève que le dernier « H » du tétragramme YHVH, est une lettre "séparée" marquant la présence de Dieu dans l'Histoire, "le messianisme et l'en-train-de-venir du Messie".
Peut-on également établir un rapport talmudique avec l'interpolation dans le texte gravé en onciales majuscules, d'un peti
t "" carolingien :

comme dans un texte hébreu il arrive qu'on ajoute au "daleth" une petite queue pour donner à cette lettre le signe de David ?
Si nous listons les "anomalies" graphiques, nous obtenons un « A », un « D », et un « M », anagramme d'Adam, et un « H », signe du nouvel Adam, le "Fils de l'Homme", autrement dit le Messie (Messhia).

Quoi qu'il en soit, la qualité littéraire, linguistique des textes du tympan nous empêche de croire qu'il s'agit là d'oublis, de fautes dues à l'ignorance voire de fantaisies liées au hasard. Ici tout fait sens, et il ne nous est pas facile de l'interpréter.

LA GRAPHIE
La taille, la forme des caractères n'est pas due au hasard non plus.
Du point de vue du graphisme, les lettres droites, utilisées dans les inscriptions antiques, dominent dans les citations de l'Evangile, les phylactères, le bouclier de l'ange, la croix, bref, les textes extérieurs (antérieurs et connus) au tympan. En revanche, les lettres arrondies, les onciales, prédominent dans les inscriptions versifiées et les commentaires qui constituent le logos propre au tympan. Tout se passe comme si le graveur avait voulu conférer un style archaïque aux citations des Ecritures et un aspect plus moderne au discours et aux vers en utilisant des caractères plus récents (d'époque carolingienne) et plus à la mode au XIIe siècle. Les premières sont souvent des mots isolés et relèvent de l’ordre de la mystique, de l’intemporel, de l’absolu, tandis que les seconds constituent des phrases complètes et appartiennent au monde de l'éthique, du temporel, de l’incarnation et du pragmatique. C'est d'ailleurs par un "M" oncial que se termine le dernier mot de la dernière inscription du tympan, un FUTURUM étonnamment étiré, et qui -coïncidence a posteriori- ressemble à notre "8" couché, symbole de l'infini (ou encore qui pourrait faire penser à une évocation du huitième jour, ce jour sans fin de la Création...). Ainsi le discours lapidaire s'achève par une lettre en forme d'anneau de Möbius suivi de trois points de suspension verticaux, laissant planer sous le Tartare un silence total, la ligne restant vierge de toute inscription, car seul le doigt de Dieu pourra graver la sentence finale à la fin des temps.

FVTVRVM

Certains mots sont abrégés. Les abréviations sont parfois indiquées par un signe, comme un trait communément appelé tilde. C’est le cas du mot SIGNV<M> (signum) dont le U est surmonté d’un tilde qui ressemble à un oméga. Cette ressemblance intéresse particulièrement les spécialistes de la géométrie sacrée dont nous rendrons compte prochainement de fruit de leurs travaux.

Dans l'auréole du Christ, les lettres de iudex, gravées en onciales (), alternent avec celles de REX écrites en capitales () comme pour signifier que les deux fonctions de Juge et de Roi sont intimement liées en un cercle parfait dont le centre est occupé par le troisième œil de Jésus, "Fils de David".

Est-ce un hasard purement fortuit si chacune des vertus gravées sur les banderoles portées par les anges commence par la même lettre que le mot gravé à son aplomb sur la ligne supérieure ? A Sanctorvm correspond Spes ; à Cestus, Caritas ; à sTat, Temperantia (?) (4) et à iVdice, Vmilitas.

Quel sens revêtent ces lettres supprimées, ajoutées ou distinguées ? Quels mystères cache la différence graphique ? Quelle nuance de pensée apportent aux mots, la couleur, la forme du style, du geste : la sonorité du verbe, l’incantation de la voix humaine ? La forme et le fond étant intrinsèquement liés dans l’esthétique romane, le choix des mots et des lettres structure toute une construction spirituelle et littéraire. La conjonction de ces éléments crée une émotion qui éveille en nous une résonnance d’autant plus profonde qu’elle lie l’extérieur des sensations à l’intériorité de la conscience. Ce sentiment s'apparente à l'amour.
Le jeu de mot épigraphique ne fait-il pas écho au "joc e joy d'amor" des troubadours dans l'ambiance de joie et d'allégresse qui caractérise l'euphorie de ce début du XIIe siècle ?
Jeux de lettres et jeux de mots, l'écriture unit la parole à l'esthétique, l'histoire à l'écrit, l'esprit à la forme, le corps de la lettre à l'âme du lecteur. (cf. Pierre Séguret, Conques-Perse, Flammes et Lumières de l’Au-delà, 2007 p. 55).

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François De Coster explique bien que les douze vers ont une valeur "monstrative" et constituent un commentaire de l'image. Par exemple l'adverbe ainsi (SIC) est répété quatre fois. On remarque toutefois un certain décalage parfois entre le texte et l’image. C’est le cas, par exemple, dans le Tartare, où les éprouvés restent visiblement insensibles et apathiques, alors que le texte indique qu’ils « tremblent et gémissent » (« Tremunt et gemunt »). Nous avons signalé à propos des phylactères de saint Matthieu cette distorsion qui provient d'un cadre temporel différent : la citation de l'Evangile se situe dans l'intemporel, dans le temps de la fin des temps ; l'image s'incarne dans le présent immédiat. Il parait surprenant de trouver parmi les chastes, les doux et les pacifiques un personnage tel que Charlemagne, comme si la piété était capable de compenser les manquements aux autres vertus. Le dernier vers est de nature très différente des autres : ce n'est plus un commentaire plus ou moins fidèle des scènes représentées ; c'est une apostrophe qui interpelle directement le passant au vocatif ("O peccatores..."), une remise en cause personnelle.

Les inscriptions contiennent un sens explicite, parfois performatif que l'observateur attentif ne saurait négliger. C'est particulièrement vrai pour les vertus inscrites sur les banderoles tendues par les anges au-dessus de élus de l'Eglise en marche et qu'il est intéressant d'étudier à la lumière des travaux de l'éminent chartiste Jean Claude Schmitt.

Enfin, pour un résumé synthétique des sources qui fondent notre interprétation, consultez la page "Sésame du tympan". Voir aussi l'illustration des illustrations en latin et celle du texte traduit.


O PECCATORES TRANSMUTETIS NISI MORES JUDICIUM DURUM VOBIS SCITOTE FUTURUM !
Cette admonition formulée au subjonctif : "à moins que vous ne changiez de vie, sachez que le jugement sera rude pour vous" (5) ou encore "si vous ne réformiez pas vos mœurs", s'adresse aux vivants. Loin de constituer un verdict édicté lors d'un jugement définitif, elle indique clairement que l'action se déroule dans le temps présent, c'est à dire avant le Jugement Dernier. Le tympan s'inscrit dans l'immédiat, en vue du jugement particulier* de tout un chacun prévu dans le futur ("le jugement sera rude" ou "vous subiriez un jugement redoutable"), et surtout dans une perspective offerte de rachat et non de condamnation pour l'éternité. La mise en garde interviendrait trop tard s'il s'agissait vraiment d'un Jugement Dernier. Avec le tympan de Conques, la pastorale de l'espérance est en marche.

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(1) François De Coster, Pour une relecture des inscriptions du tympan de l'abbatiale de Conques, Etudes aveyronnaises 2010, pp. 325-327. (remonter)

(2) On observe une alternance d'hexamètres et de pentamètres. François De Coster rappelle que le mètre latin est composé d'une combinaison de syllabes longues et courtes que l'on appelle dactyles, spondée ou trochée selon sa composition : le dactyle est composé d'une longue () suivie de deux brèves ( ), le spondée est constitué de deux longues () et le trochée, finale abrégée, ne comprend qu'une longue et une brève, voire une seule syllabe, brève ou longue. La place de chaque type de mètre répond à des règles précises : par exemple dans un hexamètre, les quatre premiers mètres peuvent être soit des dactyles, soit des spondées, mais le cinquième est toujours un dactyle et le dernier peut être soit un spondée soit un trochée.
A Conques, la plupart des vers sont donc des hexamètres spondaïques (plus rarement dactyliques). Prenons l'exemple des vers gravés sur le toit de la Jérusalem céleste :

Seuls les premiers et derniers vers du tympan se terminent par un trochée dont voici la structure :


et

François De Coster constate que la versification du tympan privilégie les spondées face aux dactyles, ce qui renforce la solennité du ton. Elle comprend en outre une combinaison particulière appelée distique élégiaque, c'est à dire un couple de "deux verts liés par le sens ; le premier est un hexamètre dactylique, le second un pentamètre dactylique". Voici la structure métrique d'un distique élégiaque :

Le tympan en comporte deux :
il s'agit des deux vers placés à la base de la procession de l'Eglise en marche :


et de leur pendant du côté du Tartare :

Cf. François De Coster, Pour une relecture des inscriptions du tympan de l'abbatiale de Conques, Etudes aveyronnaises 2010, pp. 295-327
(remonter au texte) Haut de la page 

(3) François De Coster n'écrit-il pas à propos des vers du tympan : "Nous sommes à l'apogée de l'art roman, des croisades, des (re)fondations d'ordres monastiques et canoniaux. Oserions-nous écrire que le vers léonin -malgré sa structure rigide- participe à l'optimisme ambiant ?" François De Coster, op. cit., pp. 305-306) ? (remonter)

(4) Ce signe de la croix visible dans le ciel n'est pas sans rappeler le monogramme du Christ apparu à Constantin Ier en 312 lors de sa victoire contre Maxence au pont Milvius, qui joua un rôle important dans sa conversion et dont il fit sa devise ("In hoc signo vinces"). Or précisément, ce chrisme composé des deux premières lettres grecques du nom du Christ (chi rho) figure au tympan, peu visible mais gravé et peint à l'intérieur du soleil levant du matin de Pâques. (remonter)

(5) Les travaux de déchiffrage des banderoles effacées se poursuivent et de nouvelles hypothèses se dessinent. Nous en ferons état dès leur publication. (remonter)

(6) Traduction de Favreau préconisée par François De Coster. (cf. Robert Favreau, Jean Michaud, Bernadette Leplant, Corpus des inscriptions de la France médiévale, t. 9 Aveyron, Lot, Tarn, Paris, Ed. du CNRS, 1984). En voici le tableau complet :

 
Jésus de Nazareth,
roi des Juifs
 (LA GLOIRE ?)
 
Soleil Lance Clous Lune
 
L'assemblée des saints, réjouie, se tient, debout en présence du Christ-Juge
Ce signe de la croix sera dans le Ciel quand
<le Seigneur sera venu pour juger>

Voilà tous les pervers, ainsi plongés dans les Tartares
<Venez, les bénis> de mon Père, prendre possession <du royaume qui a été préparé pour vous>   Eloignez-vous de moi, <maudits, pour le feu éternel>
<Foi Espérance> Charité Tempérance (?) Humilité (7)

ROI
juge

Le Livre de la Vie est scellé
Les anges apparaîtront et
sépare<ront les mauvais du milieu des justes>
Ainsi sont donnés aux élus conduits aux joies du ciel,
la gloire, la paix, le repos, le jour sans fin (8)
+
Les injustes sont tourmentés de supplices, brûlés dans les flammes, ils tremblent devant les démons et gémissent sans fin
Les chastes, les pacifiques, les doux, les amis de la piété (9)
se tiennent ainsi debout, joyeux, dans la sécurité, sans crainte
+ Les voleurs, les menteurs, les trompeurs et les rapaces avides,
les voilà tous condamnés ainsi, de même que les criminels

 

Ô pécheurs, à moins que vous ne changiez de vie, sachez que le jugement sera rude pour vous


(remonter)

(7) Sur le lien entre Caritas et Humilitas, voir la page consacrée au toit vertueux des anges. (remonter)

(8) "Gloria, Pax, Requies". Ces trois mots se retrouvent dans un écrit d'un moine bénédictin anonyme de l'abbaye de Bèze, du début du XIIe siècle. Ils traduisent le désir du Paradis. Le texte original est cité par Dom Jean Leclercq dans l'Amour des Lettres : « Quand verrons-nous le Seigneur Dieu dans la terre des vivants, l’homme de paix (Pax), l’habitant du repos (Requies), l’homme de la main droite de Dieu ? (...) Cité de Dieu, que de choses glorieuses (Gloria) n’a-t-on pas dites de toi ! (...)
Dans cette cité vivent nos parents et amis très chers. Ils interpellent Dieu pour nous. Ils attendent notre arrivée et autant qu’ils le peuvent accélèrent notre course. (…) Cité de l’agneau de Dieu (…) qui dénoua les douleurs de l’enfer et fit sortir les prisonniers du lac où manquait l’eau, triomphant devant eux et les rétablissant en son royaume avec lui-même
». (Dom J. Leclercq, op. cit. Chap. IV)
En rapportant ce texte aux figures du tympan, on peut se demander s’il n’est pas une source de son inspiration, le Christ homme de paix et de repos, élevant sa main droite, triomphant, glorieux, libérateur des prisonniers condamnés du « lac sans eau » (les flammes du Tartare, appelé ici, enfer) illuminateur de la Cité céleste et des Demeures, où les élus apportent leurs suffrages aux éprouvés qu’il libère. (remonter)

(9) Cf. les Béatitudes (Mt. 5, 3-10) (remonter)

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Dernière mise à jour de la page : 28/05/2016