Chapitre 9 : l'esthétique romane

Règles de la composition Une chorégraphie sacrée Diaporama : structure architecturale Réalisme de Conques et symbolisme de Perse

L’abbaye de Conques marque l’apogée de l’art roman. C’est la dernière abbaye romane construite en Rouergue au XIIe siècle. Toutes les autres adoptent le style cistercien (comme Loc-Dieu en 1124, Sylvanès en 1136, Nonenque en 1146, Bonneval en 1147 ou encore Bonnecombe en 1166). Aux antipodes de l’art sobre, dépouillé de tout ornement, prôné par Bernard de Clairvaux qui se méfiait de l’image et de la sculpture(1) , Conques célèbre l’image dans tout son éclat et ne regarde pas à la dépense.

LA POLYCHROMIE

Le tympan, taillé dans le calcaire de la pierre blonde de Lunel, extraite à quelques kilomètres, porte encore quelques traces de la polychromie présente dès l’origine.

Traces de la polychromie d'origine
Image du tympan traitée numériquement pour faire ressortir les vestiges de la polychromie d'origine. (survolez l'image pour visualiser l'état actuel)

Des études scientifiques des Monuments Historiques menées sur des échantillons prélevés ont permis récemment d'analyser la composition des pigments d'origine et de reconstituer la polychromie du tympan. Le bleu, le rouge et le doré dominent largement. Les vêtements sont souvent bleu indigo ou dorés, plus rarement verts (sainte Foy, Marie de Magdala). L'arrière-plan rouge domine du côté du Tartare, avec des flammes rouges ou jaunes. Rouge et bleu alternent sous les arches de la Jérusalem céleste.
Ces travaux ont permis une reconstitution proposée par l’atelier de restauration Hervé Langlois à Gaillac (Tarn) que nous publions ci-dessous :

Reconstitution scientifique de la polychromie d'origine
Reconstitution de la polychromie : Atelier Langlois, Gaillac (avec l'aimable autorisation de Louis Causse)

L’effet visuel du tympan ainsi coloré était saisissant. Ses vestiges constituent de nos jours un excellent témoin de l’usage symbolique des couleurs au XIIe siècle, étudié par des médiévistes comme Michel Pastoureau.(2) D’autres artifices ajoutaient de la force et rendaient les visages encore plus expressifs. Ainsi les yeux des personnages étaient constitués de verre taillé incrusté dans les orbites évidées. Avec le temps et les avanies, presque tous ont disparu. Mais quelques personnages de la Jérusalem céleste les ont conservés ou retrouvés.

Yeux en verre taillé
Marie de Magdala, les saintes Femmes, et les patriarches et prophètes de l'Ancien Testament ont conservé leurs yeux

Cette profusion d’images vivantes constitue une composition hautement savante mise au service d’une mission didactique. Le recours à la sensibilité esthétique n’a d'autre objectif que l’édification des fidèles. Il s’agit de rechercher la forme qui traduira le mieux la pensée et de rendre perceptible aux fidèles illettrés des concepts théologiques et eschatologiques complexes.
L'art est donc didactique et engagé. Il est destiné avant tout à dispenser un enseignement.
Ici, à Conques, il est mis au service d'un projet théologique animé par l’outil pédagogique de la narration de l'Histoire du Salut.

Nous avons vu au cours des précédents chapitres que les figures du tympan peuvent se lire à plusieurs niveaux de signification (sens littéral, allégorique, tropologique ou anagogique. cf. chap.3)

Nous avons montré que cette œuvre d’art suit des règles de construction rigoureuses fondées sur la géométrie, les rythmes à deux temps(3), trois temps(4), quatre temps(5) ou sept temps(6), la symétrie, la gémellité(7), l’équilibre, les proportions, la répétition, l’analogie et l’opposition, le mouvement, bref tous les ressorts dont dispose l’« artifex », l’artiste-artisan. L’ensemble suit également les lois de l’Ars memoriae que nous avons décrites et dont la structure la plus visible est celle du plan d’une maison.(8)

Le tympan est cadencé, organisé, subdivisé en compartiments distincts, séparés par des lignes géométriques aisément identifiables.
Mais ce sont surtout les ruptures, les brèches, les ouvertures qui sont significatives. La plus emblématique est celle qui ouvre le Ciel sur la terre des Vivants et de l’Eglise en marche par le biais du Christ et de sa Croix glorieuse. Mais nous en avons évoqué d’autres, comme celle du sas entre les portes du Tartare et du Paradis qui permet de soustraire certaines âmes de l’un vers l’autre, ou encore celle par laquelle se propagent les hérésies du côté du marchand drapier.

Géométrie du tympan
Construction géométrique du tympan. Des compartiments délimités mais pas toujours étanches

De leur côté, des mathématiciens ou des artistes férus de géométrie sacrée, comme Yvo Jacquier, révèlent des figures géométriques visibles ou cachées (pentagrammes, hexagrammes, heptagrammes, vesica piscis, carrés, rectangles, etc.) ou encore des variations autour de valeurs mathématiques spécifiques (ex √3 en savoir plus). Pour notre part, nous avons mis en lumière la présence de lignes diagonales significatives et d’angles percutants des écoinçons… Autant de signes qui indiquent que les concepteurs du tympan connaissent parfaitement la géométrie et la maîtrise spatiale. On devine qu’une épure d’architecte a préludé au tracé du triangle des écoinçons, de la droite de la frise de l’Eglise en marche, des angles des toits des maisons de Dieu et du Diable, de la ligne brisée du toit des anges formés par les banderoles ou de la transcendantale diagonale de la Grâce*.


Le Christ s'inscrit à l'intérieur d'un ensemble de mandorles répondant à des lois géométriques

REALISME ET SYMBOLISME
Le style roman du tympan est tout sauf naïf, maladroit, « barbare et grossier » comme le voyait Mérimée. Il adopte un style réaliste, hérité des canons antiques, qui imite la nature humaine dans sa gestuelle et sa constitution morphologique, conformément à la philosophie nouvelle d’un Hugues de Saint-Victor, par exemple, qui introduit dans la théologie le respect des lois de la nature et de la personne. Mais ce réalisme se combine avec le sens symbolique sous-jacent.
Prenons l’exemple du visage du Christ : il présente un profil sémitique caractéristique mais le plus frappant est son regard empreint de bonté. Le Saint-Sauveur porte sur le monde et les pèlerins qui s’avancent au parvis un regard miséricordieux. On comprend instinctivement qu’il ne s’agit pas ici du Jugement Dernier où le Dieu Tout Puissant punira les damnés pour l’Eternité, mais bien du Fils de Dieu fait homme pour sauver les vivants et les morts.

profil
Un exemple du réalisme du tympan de Conques :
un Christ au profil sémitique
causse
Le Christ porte un regard miséricordieux sur le monde et les pèlerins qui s'avancent au parvis.
(Cliché Louis Causse. Reproduction interdite). Le détail du regard empreint de bonté montre que le réalisme s'accorde toujours avec le sens symbolique : il ne s'agit pas ici du Jugement Dernier où le Dieu Tout Puissant punira les damnés pour l'Eternité, mais bien du Fils de Dieu fait homme pour sauver les vivants et les morts.

Il y a bien d’autres exemples où certains détails anatomiques, parfois anormalement grossis, viennent renforcer la valeur sémantique des signes. C’est tout particulièrement vrai des mains, qu’il s’agisse du geste de la foi (par exemple la main droite de Marie de Magdala au début du registre médian), des mains de prière d’intercession de Marie ou encore de la main mise Mammon sur le monnayeur qui symbolise la démesure de l’appât du gain. Systématiquement, les mains jouent un rôle important car elles tiennent les objets symboliques qui nous aident à identifier les personnages (saint Pierre tenant la clé du paradis, l’abbé guidant Charlemagne par la main, les saintes femmes au tombeau, les anges toujours porteurs d’emblèmes, etc.) (voir également la rubrique consacrée à l'analyse de la sémantique des gestes)

Le drapier
 
La main de Mammon
 

La nudité des corps est fréquente au Tartare. Charon et l'usurier sont entièrement dévêtus, les deux femmes, la concubine du prêtre nicolaïte et Tisiphone, juchée sur les épaules d'un clerc, ont la poitrine dénudée. Les rois sont nus. Les démons presque tous également ou alors ils ne portent qu'une jupette d'histrion. Pourtant le tympan n'est jamais obscène, sauf pour Satan qui exhibe les attributs de sa virilité. L'avare pendu la bourse au cou et le drapier ont le bas-ventre couvert. Le vêtement sert aussi à distinguer les personnages : on reconnaît ainsi l'évêque simoniaque en chasuble, le chevalier en cotte de mailles ou saint Pierre revêtu du pallium, vêtement sacerdotal des hauts dignitaires de l’Eglise... Les rois, pourtant nus, se distinguent par leur couronne et leur manteau de pourpre jeté sur les épaules, à l'instar de l'antipape.

Le tympan fourmille d’autres détails anatomiques comme les lignes de la main dans les paumes du Christ, la musculature de son biceps ou le grand pectoral de sa poitrine dénudée sont parfaitement dessinés.
Une musculature bien dessinée

Des détails anatomiques précis : lignes de la main, muscles, tendons, côtes sont visibles


Certains traits contribuent à l’identification des personnages : par exemple les genoux cagneux et fléchis d'Antoine le Grand, en référence au syndrome du tremblement qui saisissait l’anachorète lorsqu’il entrait en oraison.(9) L’observation minutieuse de chaque détail est un véritable régal, notamment dans les Tartares, comme par exemple les veines jugulaires de Charon gonflées par la torsion et le courroux, mais aussi les tendons des cous tendus à rompre, les dentitions, les rides des visages diaboliques….

Les genoux cagneux de saint Antoine
Les genoux cagneux de saint Antoine
Les veines du cou de Charon
Les rides, la verrue et les veines saillantes de Charon

Sous le burin apparaissent ainsi des traits psychologiques : Satan dépité, « floué » par le principe même de la Purgation, présente tous les signes de la rage : contraction de la mâchoire, crispation, rictus, regard exorbité. En contrepoint, le Christ, le regard porté sur le lointain offre l’image de la majesté sereine et grave.

La rage de Satan
La rage de Satan

A l'exception du démon au ventre replet qui enserre les clercs dans ses filets, la maigreur des bustes des diables laisse entrevoir leurs côtes. Le Tartare est un lieu où l’on subit la faim.

Les proportions sont en général respectées, avec certaines exceptions. Ces entorses aux règles sont toujours significatrices. Par exemple, la taille accordée aux personnages de la frise de l’Eglise en marche génère une hiérarchie croissante comme un effet de perspective dans la procession, du plus petit et lointain personnage, Marie de Magdala se retournant, jusqu'aux plus grands et intemporels, tels que saint Pierre, évêque de Rome et surtout Marie, « Mère de l’Eglise ».

Par son réalisme, le tympan de Conques se distingue d'un autre tympan roman, plus ancien, gravé au porche de l'église de Perse, prieuré dépendant de Conques, situé près d'Espalion, dans la vallée du Lot, sur le même Chemin de Compostelle venant du Puy, la Via podensis. A Perse, le style est résolument symbolique, voire abstrait. Le relief renforce la différence graphique entre les deux tympans. Autant à Perse, il s’agit d’un bas-relief au tracé gravé en deux dimensions, autant Conques présente un modelé de haut-relief, proche de la ronde-bosse et ses volumes en trois dimensions, qui lui donne un aspect vivant, particulièrement sensible dans le personnage du Christ. En ce sens, Conques présente incontestablement un saut qualitatif dans la maîtrise de la sculpture romane.

 
La sculpture de Conques en quasi ronde-bosse
La sculpture de Conques en quasi ronde-bosse

Détail du tympan de Perse (la pesée des âmes et la gueule du Léviathan) : un simple bas-relief

Hélas, comme Conques (si souvent qualifié de “Jugement Dernier” avec son Enfer), le tympan de Perse, fait l'objet d'une interprétation hâtive, superficielle et erronée qui le classe dans la catégorie des Pentecôtes. Nous pensons qu'il s'agit plutôt d'une Résurrection et nous en donnons les principaux arguments dans la page consacrée au tympan de Perse. Nous y découvrirons que ce tympan, loin d'être maladroit, recèle des trésors de subtilité et bien des énigmes.

UNE CHOREGRAPHIE SACREE A L'ORIGINE DES MYSTERES MEDIEVAUX

L’image cependant ne va pas sans son commentaire. Il existe un autre rythme, sonore, précis, qui anime et cadence le tympan : celui de la versification. En effet, les inscriptions en vers léonins se prêtent aux effets de l’art oratoire. La liturgie monacale intègre le drame liturgique, chanté, voire dansé, à l’intérieur de la basilique. Ainsi à Conques, le texte profane de la « cançon de Santa Fe » donnait lieu à une « tresque » ou procession en forme de tresse et de pas rythmés comme dans une Carole. Les danseurs divisés en deux chaînes progressaient le long des bas-côtés et se rejoignaient au centre de la nef en s’entrecroisant. Tout naturellement, le drame liturgique s’extériorise hors de la basilique lorsque le clerc chargé d’enseigner ajoute le geste à la voix, mimant devant la foule massée au parvis les scènes historiées du tympan, tel un « opera mundi ». Ainsi l’œuvre sculptée s’accompagne d’un véritable livret d’opéra. La « Naissance du Purgatoire » entraîne la genèse des « mystères », ces jeux dramatiques qui vont fleurir au parvis des cathédrales à partir du XIIIe siècle. Vu sous cet angle, Conques semble être à la source de deux genres littéraires médiévaux majeurs : la représentation théâtrale du mystère et la chanson de geste, suggérée par les héros carolingiens figurant en bonne place au tympan. Duby a souligné les liens entre les tympans et le théâtre : « De longue date, on avait employé les artifices du théâtre pour expliquer au peuple le sens des liturgies capitulaires. Ce sont ces représentations périodiques qui s'immobilisent ici dans la sculpture. »(10) Ainsi en mettant en scène le drame divin, les moines du XIIe s. appliquaient les méthodes de Hugues de Saint-Victor qui évoquait dans le Didascalicon à propos de l'art et de la joie « la descente de l'âme dans les harmonies du corps ». Ces Bénédictins médiévaux pratiquaient finalement une théologie assez proche de celle d’un Hans Urs von Balthasar qui place l’art et le théâtre à la base de la perception de Dieu. (11)

Ainsi, en associant l'ouïe à la vue, l'écoute à la contemplation, le tympan constitue un puissant instrument de la pastorale médiévale.(12)


Le Frère  Jean Régis en pleine explication du tympan
Aujourd'hui comme hier, le tympan fait l'objet d'un commentaire oral fascinant

L'INVISIBLE FAIT A L'IMAGE DU VISIBLE (ET VICE VERSA)
Le face à face avec le “Dieu fait homme” auquel le tympan nous convie correspond à l’idée d'un “homme fait à Son image”.(13) Un dieu à visage humain. Autant “Dieu a façonné l'homme à son image”, autant les théologiens du XIIe siècle donnent au Créateur une dimension humaine, allant jusqu'à penser avec Honoré d'Autun que la Création est le fait du Fils. Pour ce théologien de la première moitié du XIIe siècle, l'univers, la Vie, l'Homme sont les images, les reflets, les échos, l'ombre du Christ, Dieu incarné de toute éternité, autrement dit du Verbe. C’est précisément ce que dit Duby : « Chaque créature, dit Honorius Augustodunensis, est l'ombre de la Vérité et de la Vie, c'est à dire du Christ. Puisque le Christ existe au premier jour, puisqu'il est, dans son humanité l'artisan de toute chose, le monde que sa raison fait sortir du néant prend des dimensions humaines. L'interrogation qui tenait les chrétiens prosternés devant le mystère du monde et devant leur propre angoisse - quel est le visage de Dieu ? - trouve la réponse dans la science des théologiens de France : ce visage est un visage humain ».(14)

Dès lors, le style réaliste contribue à l’adéquation de la forme et du fond. En ce point de jonction naît le sentiment de la beauté.
Le pèlerin recevant le Salut du Christ de la parousie peut dire comme Jacob après sa lutte avec l’ange : « j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ». (Ge 32, 31)
En un mot, par le biais de la théologie lapidaire des Bénédictins rouergats du XIIe siècle, le visible révèle l'invisible. L'interprétation de l’image enfante alors la contemplation...

L’art éminemment didactique et engagé de ce tympan implique une lecture théologique et non pas « folklorique » et nous sommes navrés qu’encore de nos jours nombre de commentateurs du tympan se délectent des prétendus « paresseux », « gloutons » et autres « ivrognes » qu’ils imaginent découvrir au Tympan, sans parler des ineptes portes de cellier forcées à coup de genoux…

Voir également la rubrique “histoire de l'art” qui montre en quoi ce tympan marque une étape importante de l'histoire de l'art.
Pour parachever l'analyse du tympan, nous vous proposons maintenant de nous pencher sur l'épigraphie.

Dernier chapitre : 10) L'épigraphie

Consultez également la rubrique “histoire de l'art"

(1) Saint Bernard qui souhaitait des églises et des monastères sobres, sans décoration susceptible de détourner le fidèle de l’oraison, dénonçait les dépenses somptuaires consacrées à l’art sacré pour des vitraux, des icônes, des chapiteaux, des reliquaires en or. Donnons-lui la parole : « Mais que signifient dans vos cloîtres, là où les religieux font leurs lectures, ces monstres ridicules, ces horribles beautés et ces belles horreurs ? A quoi bon, dans ces endroits, ces singes immondes, ces lions féroces, ces centaures chimériques, ces monstres demi hommes, ces tigres bariolés, ces soldats qui combattent et ces chasseurs qui donnent du cor ? Ici on y voit une seule tête pour plusieurs corps ou un seul corps pour plusieurs têtes : là c'est un quadrupède ayant une queue de serpent et plus loin c'est un poisson avec une tête de quadrupède. Tantôt on voit un monstre qui est cheval par devant et chèvre par derrière, ou qui a la tête d'un animal à cornes et le derrière d'un cheval. Enfin le nombre de ces représentations est si grand et la diversité si charmante et si variée qu'on préfère regarder ces marbres que lire dans des manuscrits, et passer le jour à les admirer qu'à méditer la loi de Dieu. Grand Dieu ! Si on n'a pas de honte de pareilles frivolités, on devrait au moins regretter ce qu'elles coûtent ». Saint Bernard, apologie adressée à Guillaume, abbé de Saint-Thierry, chap. XII, v. 29. (Voir le texte en ligne) (remonter)

(2) Michel Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur, seuil, 2002 (remonter)

(3) Le tympan est conçu comme un diptyque. Nous avons repéré de très nombreux personnages apparaissant par paires (couples du prêtre nicolaïte et de sa concubine, du drapier et de Lilith, du moine lubrique et de Tisiphone), les 2 empereurs germaniques Henri IV et son fils Henri V, les deux fils d’Abraham, les prophètes des arcades de l’Ancien Testament (Moïse et Aaron, Melchisédech et Zacharie…), les deux arcatures consacrées aux Saintes Femmes, sans oublier sainte Foy et sainte Marie de Magdala dont les cultes sont jumelés à Conques et qui sont représentées chacune deux fois, etc. (remonter)

(4) Par exemple les 3 registres qui divisent horizontalement le tympan, la structure du triptyque dont le Christ représente le volet central ou les 3 femmes essentielles (la Vierge Marie, sainte Foy et Marie de Magdala) (remonter)

(5) Les 4 anges encadrant la mandorle, les 4 anges du cortège impérial de la Parousie, les 4 anges du Ciel, les 4 cercueils, etc. (remonter)
(6) On notera par exemple une correspondance entre le portail de la basilique et l'intérieur de l'édifice, tous deux étant cadencés sur un rythme à sept temps. (7 panneaux du registre médian, 7 arcades de l'Ancien Testament, 7 séquences du Tartare des morts...) (Pour voir les illustrations et en savoir plus cliquez ici) (remonter)
(7) La gémellité repose sur les analogies (par exemple des patriarches de l'Ancien Testament présentés deux par deux, ou saintes Foy et Marie de Magdala faisant toutes deux le signe de la foi…). Elle sert parfois à souligner les correspondances entre l’Ancien et le Nouveau Testament (le calice tenu par Melchisédech et celui posé sur l’autel derrière sainte Foy dans son écoinçon). Mais parfois la répétition joue sur l’antinomie, comme c’est le cas pour les trônes du Christ et de Satan. Tandis qu’à d’autres moments, elle fonctionne comme un écho, à l’instar du trône vide de l’écoinçon de sainte Foy. Beaucoup d’autres éléments sont présents à plusieurs reprises : citons à titre d’exemple le thème du sacerdoce évoqué avec Aaron, Ezéchiel, Jérémie, saint Pierre, saint Jérôme ou l’abbé, (voire sainte Foy elle-même !), celui de la foi (gestes identiques de sainte Foy et Marie de Magdala…), ou encore celui du célibat des prêtres suggéré par le Nicolaïte représenté accompagné de sa concubine puis chevauché par Tisiphone. (remonter)

(8) Le plan général est celui de la maison ; il est plusieurs fois réitéré, avec des constructions emboitées et comporte tous les éléments architecturaux de base : fondations, étages, toitures portes d’entrée (et parfois de sortie !), seuils, pièces, couloirs de passage, piliers, arches, jusqu'au détail des tours et des briques des murs qui sont représentées… Dans cet espace bien structuré et compartimenté, des ruptures, des failles et des ouvertures porteuses de sens ont été sciemment aménagées (en savoir plus sur la circulation à l'intérieur du tympan). (remonter)

(9) Détail biographique tiré de la « Vie de saint Antoine ermite » rédigée par saint Athanase (remonter)

(10) Georges Duby, L'art et la société, Moyen-âge - XXe s., Gallimard, coll. Quarto, p. 634 (remonter)

(11) cf. Hans Urs von Balthasar, La Dramatique Divine, 5 vol. aux Editions Lethielleux, Paris et Lessius, Bruxelles, 1984-1990. En associant la vue à l'audition, le tympan est un instrument puissant de la pastorale romane. (remonter au texte)

(12) C'est d'ailleurs cette même connexion entre la parole et la vision que souligne l'encyclique "Lumen fidei". cf. Lumen Fidei, encyclique du pape François, chap. II, 29, 30, Vatican, 26/06/2013. L'interprétation orale est une illustration du "fides ex auditu" (la foi nait de ce que l'on entend) de saint Paul. (Rm 10, 17) (remonter au texte)

(13) Un dieu à visage humain. Autant “Dieu a façonné l'homme à son image”, autant les théologiens du XIIe siècle donnent au Créateur une dimension humaine, allant jusqu'à penser avec Honoré d'Autun que la Création est le fait du Fils. Pour ce théologien de la première moitié du XIIe siècle, l'univers, la Vie, l'Homme sont les images, les reflets, les échos, l'ombre du Christ, Dieu incarné de toute éternité, autrement dit du Verbe : « Chaque créature, dit Honorius Augustodunensis, est l'ombre de la Vérité et de la Vie, c'est à dire du Christ. Puisque le Christ existe au premier jour, puisqu'il est, dans son humanité l'artisan de toute chose, le monde que sa raison fait sortir du néant prend des dimensions humaines. L'interrogation qui tenait les chrétiens prosternés devant le mystère du monde et devant leur propre angoisse - quel est le visage de Dieu ? - trouve la réponse dans la science des théologiens de France : ce visage est un visage humain » Georges Duby, L'art et la société, Moyen âge - XXe siècle, Gallimard, coll. Quarto, p. 636. (remonter au texte)

(14) Georges Duby, L'art et la société, Moyen âge - XXe siècle, Gallimard, coll. Quarto, p. 636.
L’axiome biblique d'un “Homme fait à l'image et à la ressemblance de Dieu” a donné lieu à de si nombreux commentaires, selon les époques et les diverse écoles (Chartrains, Victorins, Cisterciens, etc.), au XIIe siècle notamment, qu’on ne peut que renvoyer aux ouvrages des spécialistes, tel par exemple celui de Robert Javelet, Image et ressemblance au XIIe siècle, de Saint Anselme à Alain de Lille, 2 vol. Editions Letouzey et Ané, Paris, 1967
(remonter au texte)

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