La gestuelle sémaphorique de l'Ascension : l'exception rouergate

La tradition nous dit que le Christ reviendra sur terre à la fin des Temps "de la même manière" qu'il s'est élevé au ciel lors de son Ascension sur le mont des Oliviers(1).
Dans l'iconographie paléochrétienne, byzantine, carolingienne ou romane les représentations de l'Ascension au cours de laquelle le Christ s'élève dans le ciel en étendant les bras sont rares.
S'il est très difficile d'y retrouver le geste caractéristique de Conques, on remarque cependant une gestuelle s'en rapprochant dans un évangéliaire bifolium syriaque daté de 586 dit Évangile de Rabbula.

Evangile de Rabbula
L'Ascension, détail d'une enluminure de l'Évangile de Rabbula, fin du VIe siècle (folio 13v Bibliothèque Laurentienne, Florence)
Avec l'aimable autorisation du site Utpictura18 (Source)

En revanche, à l'époque classique ou baroque, ce geste est repris plus fréquemment.

L'Ascension du Christ
Détail de l'Ascension du Christ par Sebastiano Ricci (1659-1734), Shipley Art Gallery (Gateshead)
Avec l'aimable autorisation du site Utpictura18 (Source)

La seule autre représentation antérieure ou postérieure où les bras du Christ présentent une position sémaphorique se trouve au-dessus du porche de l'église romane Saint-Georges de Camboulas, près de Pont-de-Salars sur le Lévézou (Aveyron).
Son Christ en majesté adopte exactement le même geste significatif. On notera beaucoup d'autres similitudes avec le Christ de Conques : mandorle constellée d'étoiles, nimbe crucifère de l'auréole, paludamentum, banderoles tendues par les anges, anges céroféraires, socle du trône incliné ou suppedaneum(2) placé au-dessus des ondes divines...
Ce bas-relief visiblement réemployé proviendrait de l'ancienne cathédrale romane de Rodez, détruite en 1276 et semble vraissemblablement antérieur à Conques.
 

 

Saint Geogres de Camboulas

Le Christ en majesté de Saint-Georges de Camboulas, Aveyron

 

Traits communs entre Conques et Saint-Georges-de-Camboulas

Le Christ en majesté de Conques : des similitudes frappantes déjà signalées dans le "Rouergue roman" des éditions du Zodiaque en 1963 (p. 56 - 57)

Cette position des bras écartés, le droit pointé vers le haut et le gauche vers le bas rappelle la posture employée dans le thème iconographique paléochrétien de la Traditio legis (transmission de la loi), où le Christ, debout sur un tertre (d'où s'écoulent les quatre fleuves du jardin d'Éden), remet à saint Pierre un rouleau de la Loi Nouvelle qu'il recueille précieusement dans un pli de son pallium, tandis qu'à sa droite, il reçoit l'acclamation de saint Paul. Par exemple le bas-relief d'un sarcophage du Ve siècle d'une des cryptes de l'abbaye Saint-Victor à Marseille
Ascension du Christ
Traditio legis, tombeau des compagnes de sainte Ursule,
chapelle d'Isarn, crypte de l'abbaye Saint-Victor

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(1) Cf. Actes des Apôtres, 1 : 9-11 (remonter)

(2) Ce socle incliné représente symboliquement le suppedaneum, la planchette soutenant les pieds des crucifiés (remonter)

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