Chapitre 6 : les péchés individuels et collectifs

Les Tartares, qui laissent à première vue une impression de désordre tumultueux et confus, sont en réalité très structurés et organisés selon une double hiérarchie.

Les Tartares

Une première hiérarchie verticale, c'est à dire classée selon les trois registres, distingue les péchés des hommes et ceux de la société.

1) AU REGISTRE INFERIEUR : LES PECHES INDIVIDUELS
Au rez-de-chaussée de l'entrepôt du diable, la galerie des péchés individuels est un savoureux florilège des travers humains :

- L'orgueilleux chevalier, félon à l'honneur, chute à la renverse, à côté de sa monture. Comme dans le Magnificat, le superbe est renversé. Ce puissant chevalier est même le premier envoyé au Tartare, choix audacieux à l'époque féodale ! Cependant la stigmatisation des péchés doit être replacée dans le cadre de la réforme grégorienne lancée par Grégoire VII à la fin du XIe siècle. Ce pape, qui règnera de 1073 à 1085, tente de lutter contre la féodalisation du clergé au cours des Xe et XIe siècles qui voit des grands seigneurs laïques nommés évêques ou abbés.
 
Le chevalier félon
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- Le prêtre nicolaïte qui, malgré sa tonsure, ne respecte ni célibat ni chasteté : la corde au cou, il est accompagné de la concubine avec qui il a commis le péché de la chair. La lutte pour imposer le célibat des prêtres est encore un des axes essentiels de la réforme grégorienne. La luxure, un des sept péchés capitaux, sera représentée à nouveau un peu plus loin avec Tisiphone chevauchant un clerc. (voir les sources antiques du tympan)


Le Nicolaïte et sa concubine

- L'avare, pendu la bourse au cou (l'avarice est un des sept péchés capitaux). On pourrait noter aussi une correspondance polysémique avec l'histoire de Judas et de ses trente deniers.
L'avare pendu la bourse au cou
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- Le médisant, menteur, calomniateur, ou blasphémateur qui a péché en parole : la langue lui est arrachée. “La langue, c'est ce venin, ce monde de l'injustice, ce brasier capable d'embraser tout l'univers, enflammée qu'elle est par la Géhenne” disait Saint Jacques, dans son épître. (Jc 3, 6) (un autre péché capital) (1)


Le menteur

 

- Un acte particulièrement grave qui valait excommunication automatique : l'avortement. Un démon plonge une femme au ventre rebondi dans le chaudron diabolique où infuse une concoction d'herbes abortives. On notera la présence du serpent et d'un crapaud, emblèmes de sorcellerie. Sur la droite on devine la présence d'un mortier et de sa meule, vus de dessus. Ici nous sommes peut-être au fond des Enfers, avec ce péché mortel qui ne saurait être pardonné, en tout cas, étant un des plus graves, il est placé au plus profond des Tartares, tout en bas du tympan dans le coin le plus éloigné du Sauveur.

 

 

Tous ces péchés individuels interpellent le fidèle ; ils concernent directement tout pèlerin qui franchit le seuil de l'abbatiale, tous ceux qui finalement peuvent se reconnaitre à travers le chevalier qui use et abuse de sa force, orgueilleux et colérique, le couple adultère et ceux qui s'adonnent à la luxure, l'avare et toute personne tentée par le lucre, le prêtre à la chasteté douteuse, le menteur, ou encore celui qui a recours aux faiseurs d'anges et potions abortives.


La grossesse que l'on cherche à interrompre par des décoctions abortives
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2) AU REGISTRE MEDIAN : LES PECHES COLLECTIFS
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Cet étage est lui-même subdivisé en deux niveaux. Ici, d'une façon encore plus nette qu'à l'étage inférieur, se superpose une nouvelle hiérarchie, horizontale cette fois, avec des fautes dont la gravité augmente au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre, occupé par le Christ. D'ailleurs, la plupart des personnages humains lui tournent le dos. Tout se passe comme si, par un mouvement inverse à celui de la procession de l'Eglise en marche vers le Salut, ils s'en éloignaient progressivement.

Le pouvoir temporel est clairement représenté, avec ses rois, ses empereurs, ses armées et même un souverain usurpateur, l'Antipape ; il occupe la sous-partie inférieure du registre.

Le pouvoir spirituel occupe le niveau supérieur : il rassemble les détenteurs du pouvoir moral et religieux, comme un évêque, des moines ou encore des hérétiques. Cette position reprend la hiérarchie sociale de la chrétienté médiévale où le pouvoir temporel doit en principe se soumettre à l'autorité du pouvoir spirituel. Mais du fait de sa position plus élevée, en quelque sorte plus proche du Ciel, la responsabilité de ceux qui ont failli dans leur mission de guider spirituellement les hommes n'en est que plus grande !

Quoi qu'il en soit, ces péchés collectifs, c'est à dire commis dans le cadre de la société, dans l'exercice des fonctions professionnelles, sont très rigoureusement répartis dans les trois catégories de l'avoir, du pouvoir et du savoir. (Survolez l'image ci-dessous pour localiser ces trois catégories)


Les péchés collectifs
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Ces péchés collectifs sont traités selon une actualité brûlante : on y trouve fustigés les grands de ce monde, avec une allusion explicite à la Querelle des Investitures, une dénonciation des armes interdites et une critique du pouvoir de l'argent. Ici les flammes ont disparu : nous sommes chez les vivants, c'est à dire nos contemporains, au temps présent.

Le Pouvoir temporel :  

- Puissant parmi les puissants, l'empereur germanique Henri V, représenté en roi nu. Il désigne du doigt Charlemagne, son alter ego, s'indignant de la présence -injuste à ses yeux- de ce grand pécheur dans les Demeures*. (2)

Henri V, roi nu qui ne porte que sa couronne
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- L'antipape Grégoire VIII (Bourdin d'Uzerche) transpercé par une lance de la bouche à la nuque
(la partie qui va de la main gauche du démon à la bouche a disparu). Un diable ailé lui arrache sa tiare. (Cet antipape usurpe et le pouvoir temporel à Rome et le pouvoir spirituel sur toute la chrétienté. Mais Bourdin d'Uzerche serait-il le seul antipape représenté au tympan ? Qui sont les quatre personnages représentés au-dessus d'Henri V ? Voir à ce sujet une hypothèse sur cet énigmatique quarteron)


L'antipape empalé
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- Un autre empereur, Henri IV (père d'Henri V), roi deux fois excommunié (par Grégoire VII en 1076 puis en 1080) : couronné empereur germanique par l'antipape Clément III, il apparait ici découronné et un diable lui fait une génuflexion inversée, parodie satirique de sa fausse soumission à Canossa. C'est une référence explicite à la Querelle des Investitures, dans laquelle est fortement impliquée la réforme grégorienne. (En savoir plus sur la Querelle des Investitures)


Henri IV et la génuflexion inversée

- Les démons, singeant la soldatesque des armées guerrières, brandissent l'arbalète, toute nouvelle arme meurtrière interdite au deuxième concile de Latran en 1139 parce qu’elle transforme la nature des combats, substituant au corps à corps loyal à l’épée, la fourbe embuscade. Quatre ans plus tard, en 1143, Innocent II menacera même d’excommunication et d’anathème tous ses fabricants, négociants et arbalétriers, sans grand effet semble-t-il... Toutefois, à Conques les Bénédictins entendent souligner le combat de l'Eglise pour moraliser autant que possible les lois de la guerre : déjà en 1095, le Concile assemblé par Urbain II à Clermont, (là-même où s'étaient tenues les premières Assemblées de Paix au milieu du Xe siècle) avait dû réaffirmer le principe bien difficile à imposer de la Paix de Dieu interdisant les combats du mercredi soir au lundi matin, plus tous les jours depuis l'avent jusqu'à l'épiphanie et encore une centaine de jours commençant six semaines avant Pâques et finissant une semaine après la Pentecôte. Avec le chevalier déchu, ces arbalétriers auraient-ils violé ces préceptes ? ici le pouvoir militaire est clairement dénoncé.

 

L'arbalétrier
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L'AVOIR :

- Le marchand drapier aux prises avec la diablesse Lilith. Il est assis sur un coupon de tissu qu'un diable déroule et dévore au-dessus de sa tête.

Diable dévorant le tissu du drapier Lilith Le coupon de tissu replié Le drapier

Lilith et le drapier

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- L'usurier (3), ou spéculateur, pendu par les pieds, qui convoite la bourse placée dans la coupelle près de sa bouche close, tandis que le drapier s'appuie du pied sur sa poitrine.

L'usurier La coupelle La bourse
L'usurier convoitant la bourse

L'usurier La coupelle La bourse L'usurier La coupelle La bourse

Au registre supérieur culminent les péchés des détenteurs de l'autorité suprême de l'avoir : le maitre de la monnaie et le démon de l'argent, et les clercs détenteurs du savoir et de l'autorité morale responsables de péchés contre l'Esprit.

- Au sommet des péchés collectifs du pouvoir et de l'avoir, se tient le Maître du monde, l'argent. Voici le batteur de monnaie, le (vrai) monnayeur (4) détenteur d'un pouvoir régalien. Il porte en main les insignes de son pouvoir : le poinçon. A ses pieds les creusets où l'or est fondu. Un démon lui rejette la nuque en arrière pour lui faire boire le métal, comme Moïse le fit aux Hébreux après avoir réduit le veau d'or en poudre. (Exode, 3, 20)
Le moulage en 1940 a révélé que le stylet du frappeur de monnaie portait à son revers une inscription (CUNEUS). Ce coin marqué, “certifié” dirions-nous de nos jours, authentifie
son propriétaire comme étant bien le serviteur officiel de Mammon. Ce dernier, le prenant par la barbe, lui fait ingurgiter le métal en fusion, comme Moïse fit boire aux Hébreux le Veau d'or pilé. On ne peut servir Dieu et Mammon. (cf. Mt 6, 24)


Poinçon. Le moulage a révélé l'inscription 'CUNEUS' Les creusets où l'or est fondu

Le monnayeur (4) et son maître Mammon
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- Les hérétiques, représentés avec leurs livres qui suggèrent un enseignement dévoyé, un savoir égaré dénaturé.
Nombreuses sont les hérésies au XIIe siècle : celle de l'Evêque de Tours Béranger qui niait la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ; celle du prédicateur libertaire Henri de Lausanne ; celle de Pierre de Bruys(5) qui brisait les croix ; enfin celle du trublion réformateur Arnaud de Brescia condamné avec Abélard à l'initiative de Bernard de Clairvaux en 1140 et qui chassera en 1144 le pape (Célestin II) de Rome pour y instituer une république. (En savoir plus sur les hérésies) du XIIe siècle)

Sa responsabilité morale est bien plus lourde que celle du drapier voire du banquier ou usurier qui ne font qu'utiliser l'argent, et bien plus grave que celle de l'avare du registre inférieur.


Les 3 livres hérétiques
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- Enfin voici l'Evêque simoniaque, qui a monnayé les sacrements. Pris dans les filets du Diable (6), avec sa crosse renversée et brisée, il se prosterne devant Lucifer, l'ange déchu. La simonie est la pire des fautes des hommes d'Eglise : c'est une violation de l'Esprit commise par ceux-là mêmes qui se devaient de guider les âmes. Encore une allusion explicite à l'un des combats fondamentaux de la réforme lancée par Grégoire VII. (ce péché cumule les domaines du savoir, de l'avoir et du pouvoir spirituel).

Au-dessus, dans les mailles du filet, on reconnait trois moines dont un abbé qui tient sa crosse tête en bas. Les ecclésiastiques sont décidément nombreux de ce côté du tympan !
De même que nous avons rencontré dans les Demeures paradisiaques des pécheurs notoires sauvés par leurs actes ou leur foi, nous trouvons du côté du Tartare pas moins de sept clercs, moines, prêtres, abbés ou évêque, reconnaissables à leur coiffure et qui, tout hommes d'Eglise qu'ils sont, ont failli...


L'évêque simoniaque
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Le linteau rompu entre les deuxième et troisième niveaux du Tartare ouvre un passage qui conduit du marchand drapier et de son collègue usurier, d'un côté au frappeur de monnaie, et de l'autre aux hérésiarques. Ce n'est pas fortuit : en effet, les commerçants ambulants ne faisaient pas circuler uniquement les biens et l'argent ; ils véhiculaient aussi les nouvelles, les idées et les hérésies, telle par exemple celle des Vaudois, initiée par le tisserand lyonnais Pierre de Vaux (Pierre Valdo). (7)

Le linteau brisé ouvre une brèche par laquelle se propagent les hérésies
Le linteau brisé

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Empereurs excommuniés, antipape, batteur de monnaie, drapier, usurier, avorteuse, intempérant, avare, calomniateur, tous tournent ostensiblement le dos au Christ, et souvent plongent le regard vers le sol.

Depuis les morts du niveau inférieur, représentés inconscients et apathiques, livrés au feu purgatoire jusqu'au monde terrestre des vivants, représentés agités et contestataires aux deux niveaux supérieurs du temps présent (où les flammes sont logiquement absentes), c'est le sort des “damnati” qui est mis en scène, celui des rejetés, des éprouvés soumis aux épreuves purificatrices du Tartare. “Damnati” ne signifie pas “damnés”, mais “condamnés”. Les peines purgatives les purifient et les conduisent à la vérité libératrice. Jacques Le Goff, dans la “Naissance du Purgatoire” explique que « le temps de l’au-delà dans le premier tiers du XIIe siècle n’est pas un temps pénal, mais pénitentiel ».

LA PREUVE DE L'EPREUVE
L'épreuve est une preuve de vérité. Les flammes du Tartare ne consument ni ne ardent, mais éclairent les âmes des éprouvés.
L'homme alors reprend conscience : il se redresse, sous les pieds mêmes de Satan. La grâce* venue du Christ le “restaure”, son visage devient beau, serein, lumineux, presque resplendissant (8).


Les flammes n'infligent aucune torture ; elles éclairent L'homme restauré Les pieds de Satan
L'homme restauré, qui se redresse sous les pieds de Satan (8)

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Autant l'enfer signifie châtiment éternel, autant le Tartare* implique le pardon.
Pour la pensée monacale du début du XIIe siècle, le Jugement de Dieu, c'est la justification* du pécheur, l'envers de la damnation.
Saint Paul
(9) et saint Augustin nous l'assurent, et à Conques, le sculpteur le démontre.
Cette vision, si caractéristique de la Renaissance romane, ne prévaudra plus à l'époque gothique, ce qui explique peut-être que tant de nos contemporains voient encore à Conques un Jugement Dernier avec son Enfer “ad vitam aeternam”. Certains voudraient tant n'y voir que flammes (pourtant fort rares) et horribles supplices sans se rendre compte que les éprouvés ne présentent que des visages impassibles, apaisés, et que seuls les démons grimacent et hurlent. (10)
Insidieusement, une morale “bourgeoise” bien-pensante dénaturera progressivement le vrai maître de l'argent en “faux monnayeur”, le chasseur féodal en “braconnier” et défigurera l'insatiable soif de l'usurier en vulgaire “ivrognerie” ! (cf. la note 4) Ainsi, dans le ventre de la femme enceinte il ne faudrait voir que la bedaine dugourmand! Mais vraiment, de quel côté se trouve le sinistre et le grotesque ? (lire également la note consacrée au rire)

Sic transit gloria mundi...
A ce propos, le portail roman de Conques porte dans la pierre les cicatrices de l'histoire et des vicissitudes dramatiques qui vont se précipiter peu après son érection, ce que nous allons voir maintenant. (suite)

Chapitre suivant : 7) L'anomalie architecturale

(1) On peut rapprocher cette image de la vision de l'Apocalypse apocryphe de Pierre : "Certains étaient pendus par la langue, c'étaient des calomniateurs, et au-dessous d'eux il y avait un feu", Apocalypse selon saint Pierre, chap. XXII, citée par Jacques Le Goff (La naissance du Purgatoire, folio histoire, 2002, p. 54). (Remonter au texte)

(2) Du Tartare des vivants aux Demeures paradisiaques, on se voit mutuellement, de la même façon que dans l'évangile de Luc le mauvais riche voit de l'Hadès Lazare dans le sein d'Abraham : « Dans l'Hadès, en proie à des tortures, il [le mauvais riche] lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s'écria : "Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau son doigt pour me rafraîchir la langue." » (Lc 16, 23-24) (Remonter au texte)

(3) S'agit-il de l'usurier convoitant la bourse posée dans la coupelle ou, comme on le lit trop souvent hélas, d'un “ivrogne” ridicule qui régurgite ses beuveries ? Pour éviter les grossières erreurs d'interprétation, il faut non seulement observer l'image qui montre une bouche close, mais surtout aussi admettre que l'objet étudié étant de toute évidence le reflet d'une vision chrétienne, il est indispensable de restituer aux symboles un sens conforme à cette idéologie et non pas aux projections plus ou moins folkloriques induites par nos représentations morales, contemporaines, laïques voire franchement anticléricales. En l'occurrence, l'usure, largement dénoncée comme immorale dans la Bible est à nouveau condamnée au IIème concile du Latran en 1139. Les usuriers seront les premiers, nous dit Jacques le Goff à bénéficier au XIIIe s. du Purgatoire. (cf. La naissance du Purgatoire, folio histoire p. 54). Mais qui cela gêne-t-il parmi nos contemporains de voir le banquier, le spéculateur ou l'agent de change, jeté dans le Tartare par les moines de la civilisation romane ? Voir aussi la page consacrée au rire. (Remonter au texte)

(4) Vrai Maître monnayeur ou “faux-monnayeur” ? C'est là toute la question ! Certes, avec la polysémie, une image symbolique peut avoir plusieurs significations. Mais pour interpréter une figure, il faut s’assurer que la gestuelle corresponde à un substrat scripturaire en lien avec le sujet. C’est ainsi que les Ecritures ne parlent jamais de « faux monnayeurs », mais de Mammon, le maître de l’argent, et que, ne l'oublions pas, le premier à aller au Paradis avec Jésus était un « larron », peut être faussaire... Lire aussi la page sur le rire. (Remonter au texte)

(5) Pierre de Bruys sera brûlé à Saint Gilles du Gard vers 1131. (consulter la page des hérésies) (Remonter au texte)

(6) L'imagerie médiévale s'inspire ici des sources hébraïques : les filets du shéol sont en effet évoqués dans les psaumes (cf. Ps 18, 6 et 116, 3) (Remonter au texte)

(7) Pierre Vadès, marchand lyonnais (1140-1206), excommunié en 1185. Comme le souligne Yves Christe à propos de Conques, sont représentés « des délits précis, perpétrés par des individus appartenant à des catégories sociales, à des professions précises qui sont mis en scène » (Yves Christe, op. cit. p. 183) (Remonter au texte)

(8) Cette image peut être rapprochée :
- de la méditation de Guigues II le Chartreux, reprenant l’épître de Paul aux Ephésiens (Eph 5, 14) :
« Eveille-toi, la trompette sonne,
Toi qui dors.
Lève-toi d’entre les morts,
Et le Christ fera luire sur toi Sa lumière
» ;

- et de l’Evangile selon Saint Luc :
« Et alors on verra le Fils de l’Homme venir sur les nuées avec beaucoup de puissance et de gloire.
Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête car votre rachat approche
. » (Lc 21, 27-28).
Serait-ce par paresse intellectuelle, ou
plutôt, par acédie, la paresse spirituelle, que d'aucuns y ont vu un “paresseux” qu'ils imaginent “puni” pour ce prétendu vice ? (Remonter au texte)

(9) Cf. Epître aux Romains (chap. 3, 21 à 5, 29). Sur les nombreuses correspondances entre le tympan et l'épître aux Ephésiens, voir la rubrique spécialisée. (remonter au texte)

(10) Cette apathie des éprouvés qui contraste avec les tortures infligées aux damnés de l'enfer est caractéristique de l'iconographie du Purgatoire. Jacques Le Goff, décrivant la gestuelle du purgatoire observe que « les torturés n’ont aucune initiative gestuelle : ou bien ils sont dans des positions et des situations de passivité ; ou bien ils sont l’objet de gestes agressifs des démons. » (L’imaginaire Médiéval, Gallimard, NRF, 1991, p. 133) (Remonter au texte)

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